
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Pascal Boniface président de l’association pour l’attribution du nom de Léo Ferré à un espace public dans la ville de Paris.
QUOTIDIEN : vendredi 22 février 2008
« Le poète d’aujourd’hui doit être d’un parti, d’une caste ou du Tout-Paris », écrivait Léo Ferré. O combien avait-il raison. Il n’appartenait à aucun d’entre eux et n’avait que son talent immense et multiforme. Cela explique sans doute pourquoi, quinze ans après sa disparition, il n’y a toujours ni rue, ni place, ni square qui porte son nom dans la capitale.
Manifestement, l’attribution d’un nom d’espace public à Paris aujourd’hui se fait comme se faisait l’attribution de logements sous les précédentes mandatures : selon le principe « Les copains d’abord ». Foin du mérite, vive le réseau !
Y a-t-il beaucoup d’artistes qui ont consacré autant d’odes joyeuses, gouailleuses, tendres ou nostalgiques à Paris ? Non.
On en serait presque à reprendre Paris, je ne t’aime plus, chanson consacrée en fait au recul post-Mai 68. Mais si Paris, c’est une idée, apparemment nos édiles en manquent cruellement. J’invite chacun à réécouter A Saint-Germain-des-Prés, les Parisiens, A la Seine , Paris spleen (il y aurait de quoi), le Flamenco de Paris, l’Ile Saint-Louis, Quartier latin et bien sûr Paris canaille.
Ne serait-ce que par les chansons qu’il a consacrées à Paname, Léo Ferré mériterait largement d’avoir déjà son nom honoré dans la capitale. Certes, Loulou Gasté, Marie Trintignant, Mireille, Barbara ou Madeleine Renaud et bien sûr Dalida sont respectables : mais sans vouloir choquer personne, on peut estimer que leurs contributions à la culture en général et au rayonnement de Paris en particulier ont été moins importantes que celle de Léo Ferré. Certes, il n’était pas un Titi de Paris, lui qui est né à Monaco et a vécu la fin de ses jours en Toscane. Mais quand même !
Son œuvre poétique personnelle est immense et il apparaîtra certainement comme l’un des poètes de langue française majeurs du XXe siècle, qui mériterait d’être connu au-delà d’A vec le temps (écrit en une heure) ou C’est extra. On y trouve à la fois des chansons joliment troussées (Jolie Môme), des textes politiques (les Anarchistes, Ni dieu ni maître), des chansons célébrant l’amour avec un romantisme échevelé (A toi, Chanson pour elle) ou plus érotiques (La The Nana, Cette Blessure). On trouve aussi des textes hermétiques si on ne connaît pas le détail de la vie de Léo Ferré (la Mémoire et la Mer, les Etrangers, Richard), mais dont la tonalité musicale envoûte néanmoins immédiatement. Mais il me faut arrêter là, car il y a tellement de titres à citer ! Cela fait que Léo Ferré est très souvent repris par d’autres chanteurs. On dit même, puisqu’il a été pionnier en parlant sur de la musique (le Chien, Il n’y a plus rien), qu’il fut en fait le premier slameur.
Sa présence sur scène était électrisante, comme le démontre encore aujourd’hui l’album Ferré 69. Il ne se contenta pas d’être un poète hors pair, il mit ses confrères en musique et sortit Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Apollinaire des cercles fermés où les maintenait la pensée classique. Que dire de la musique qu’il déposa sur les textes d’Aragon dont l’Affiche rouge reste un moment de pure émotion ?
Au début des années 70 après un passage par la pop music (avec les groupesZoo et Moody Blues), il se mit à diriger lui-même des orchestres, suscitant la colère de certains puristes coincés, mais pour la plus grande joie des amateurs de musique. Lors de sa première répétition avec les concerts Pasdeloup avant son spectacle de 1975 au Palais des congrès, les musiciens se sont unanimement levés pour l’applaudir. Il n’appartenait à aucune coterie, sauf à celle des Copains de la neuille, il n’était pas un anarchiste apprivoisé mais dérangeant.
Comment justifier l’absence de tout nom d’espace public au nom de Léo Ferré ?
Mesdames et messieurs les responsables de cette pitoyable situation, vous devriez être « rouge(s) comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage ».
Devant l’inaction de la Mairie, une demande a été faite. La famille du poète disparu, sa femme, ses enfants, qui ont la pudeur de ne rien demander (grave erreur en ce temps où ce qui est accordé ne l’est pas au mérite, mais à ceux qui exigent et qui font pression) a apporté son soutien à cette démarche. En vain, pour le moment.
Aussi je fais une suggestion. Que le prochain maire de Paris nomme un adjoint chargé de la culture qui s’occupe non pas des réseaux culturels et du luxe, mais de la culture tout simplement. Car sinon on risque d’avoir avant que la mémoire de Léo Ferré ne soit honorée une avenue Carlos et un boulevard Mike-Brant.
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