
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Une frénésie s’est emparée du gouvernement. Secouée par les élections municipales et cantonales, gagnée par le doute à l’égard d’un président fasciné par les miroitements de l’argent, l’équipe Fillon veut accélérer la mise en oeuvre des plus réactionnaires de ses projets. Pour en quelque sorte habituer la population au pire. Cela ne va pas sans mal et il est des reniements de promesses - comme sur les OGM et le Grenelle de l’environnement - qui soulèvent le coeur… même des ministres. Mais ce n’est pas d’abord une gestion chaotique qui explique les secousses. Ainsi Roselyne Bachelot a-t-elle bien l’intention de supprimer les remboursements sur la lunetterie et son annonce ne relève pas de la maladresse. Elle lance le bouchon loin - quitte à devoir un peu le rapprocher du bord si l’opinion s’en émeut trop -, agitant cette vraie menace pour en masquer une autre, celle d’un démantèlement du service public hospitalier.
En automates bien remontés, les ténors de l’UMP répètent sur tous les tons l’urgence de la réforme. Comme si l’idée allait de soi, ils vont répétant - mais loin de leur circonscription… - que la modernité impose de supprimer des centaines d’hôpitaux et de dessiner de vastes déserts où les médecins ne seraient plus, où les écoles ou la poste auraient fermé, où les trains ne passent plus ou bien ne s’arrêtent plus.
Au nom de quelle « politique de civilisation » peut-on justifier que le nombre de lits d’hôpitaux pour 1 000 habitants soit passé de 5,2 à 3,7 de 1990 à 2005, que 10 % des établissements aient fermé leurs portes en dix ans ?
Le même dogmatisme est l’oeuvre aussi bien à l’hôpital que dans l’enseignement. Plus question de médecins ou d’enseignants, de directeurs ou de proviseurs, il faut des « patrons », a décrété Nicolas Sarkozy. Et il faut réduire les dépenses ! Cinq milliards d’euros vont être sabrés dans vos dépenses de santé. Ainsi va la modernité induite par la mondialisation capitaliste, qui additionne les famines dans le tiers-monde et les restrictions pour les salariés des pays développés… Un progrès de civilisation ne se manifeste-t-il pas d’abord par le fait que les richesses consacrées à se nourrir et se loger diminuent tandis qu’augmentent celles dévolues à se soigner, à se cultiver, à chercher ? En cela, le capitalisme d’aujourd’hui signe une régression, accroissant ses profits en freinant les dépenses d’utilité sociale. Certains se pâment quand une dictature féodale des pentes de l’Himalaya instaure un indice national de bonheur, mais à Paris, c’est place de la Bourse qu’ils cherchent leur boussole. D’autres commentateurs à courte vue gémissent, les choix du tandem Sarkozy-Fillon manqueraient de « lisibilité ». C’est tout le contraire.
Les pièces du puzzle s’emboîtent parfaitement : les suppressions de postes d’enseignants ou d’hôpitaux, la suppression de la carte famille nombreuse ou du remboursement des frais d’optique, la mise en cause des retraites et des indemnités chômage, la flexibilité accrue et les cadeaux fiscaux au patronat, le pouvoir d’achat rogné et l’amputation des services publics… Tout cela est même remarquablement cohérent. Et prodigieusement inquiétant. C’est la cohésion nationale qui est ici menacée. Le front commun des lycéens, des parents et des enseignants la reconstituent dans la solidarité. Demain, il faudrait que les usagers de la santé et les personnels se retrouvent de même, pour refuser la casse et imposer des réformes de progrès. Alors, le publicitaire Thierry Saussez pourra bien agiter tous les hochets de la « communication auprès du premier ministre », il ne parviendra pas à empêcher la condamnation de la droite pour publicité mensongère.