Ensemble, à gauche, pour construire une alternative antilibérale
AccueilEurope, AltermondeTraité Modificatif Européen
Dernière mise à jour :
vendredi 28 novembre 2008






Sauf mention contraire,
le contenu de cette page est sous
contrat Creative Commons.

Contrat Creative Commons
Brèves
Bush veut préserver les dividendes de ses copains
samedi 18 octobre
"Le président Bush va annoncer qu’il accueillera un sommet de dirigeants internationaux dans un futur proche afin d’étudier une réaction globale à la crise financière, des idées visant à empêcher une telle crise de se reproduire, d’une façon qui préserve notre système d’économie de marché" Les (...)
3 404 milliards de dollars pour renflouer les banques privées !
mercredi 15 octobre
Premier chiffre : 30 milliards de dollars permettraient de nourrir pendant un an les 925 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. Deuxième chiffre : après les émeutes de la faim dans 40 pays en 2008, la communauté internationale a envisagé de dépenser seulement 6,5 milliards de (...)
Sauver le capitalisme par les nationalisations !
jeudi 9 octobre
Le plan de sauvetage est-il réellement une mesure "socialiste", l’aube du socialisme d’Etat aux Etats-Unis ? Si tel est le cas, c’est en un sens bien singulier : une mesure "socialiste" dont le but premier n’est pas de venir en aide aux pauvres, mais aux riches, non pas à ceux qui empruntent, mais à (...)
BLOG de Raoul Marc Jennar
jeudi 7 août
Le chercheur, militant altermondialiste, a ouvert un blog passionnant pour toutes celles et tous ceux qui s’interrogent sur "les affaires du monde" et de l’Europe en particulier. Sans oublier la recomposition politique à gauche de la gauche de notre hexagone. Jetez un oeil : (...)
Crimes de guerre israéliens confirmés
vendredi 7 septembre
"La responsabilité du nombre élevé de victimes civiles incombe complètement à Israël dans la conduite de ses opérations militaires. Israël a pris pour cible des personnes ou des structures associées de quelque manière que ce soit avec l’organisation militaire, politique ou sociale du Hezbollah [...] De (...)
Traité européen : passage en force (Politis)
jeudi 11 octobre 2007

Passage en force

PAR Michel Soudais jeudi 11 octobre 2007

Le traité que les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement s’apprêtent à adopter, à Lisbonne, n’est qu’un nouvel habillage de la « constitution » européenne rejetée majoritairement en France et aux Pays-Bas. L’affaire est dans le sac. Ou presque. Au sommet de Lisbonne, les 18 et 19 octobre, les vingt-sept chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne devraient boucler le texte définitif d’un nouveau traité institutionnel, conformément à un accord trouvé en juin sur le principe d’un « traité modificatif ». Plus aucun obstacle ne semble devoir en entraver la conclusion, tant est forte la volonté des États membres et des dirigeants économiques de refermer la période d’incertitudes née du double refus des peuples français et néerlandais de ratifier le traité établissant une constitution pour l’Europe (TCE), en mai-juin 2005.

Sitôt achevées les élections présidentielle et législatives dans notre pays, ce qu’il faut bien appeler la revanche des « ouistes » a été rondement menée. Comme si les responsables européens craignaient le réveil d’une opinion publique qui, en se saisissant du contenu des discussions, en aurait modifié le climat. Fait inédit, les discussions ont commencé dès l’été à partir d’un projet de texte pratiquement achevé, préparé par la présidence portugaise de l’Union, sur la base du « mandat » très précis des Vingt-Sept adopté lors du sommet des 21 et 22 juin. Elles ont été conduites dans l’opacité la plus totale par des représentants accrédités des gouvernements puis des juristes experts, à la vitesse grand V, puisque ceux-ci ont annoncé, le 2 octobre, que leur travail était terminé. Le projet de traité, diligemment traduit dans toutes les langues de l’Union, a été mis en ligne le 5 octobre [1].

Certes, « cela ne préjuge en rien de ce qui peut se passer » au sommet de Lisbonne, où les dirigeants seront libres de soulever d’autres questions « hors mandat », comme le soulignait aussitôt un diplomate. Certes, quelques points de désaccord subsistent, qui seront discutés par les ministres des Affaires étrangères le 15 octobre à Luxembourg, puis, si nécessaire, au sommet de Lisbonne. L’Italie s’oppose ainsi à la nouvelle répartition des sièges par pays au Parlement européen, qui doit passer de 785 à 750 sièges à partir de 2009. Selon la proposition actuelle, sur laquelle le Parlement italien se prononcera le 11 octobre, Rome perdrait 6 eurodéputés, contre 4 pour Paris et 5 pour Londres. Cela « fausserait la traditionnelle parité numérique entre les parlementaires italiens, français et anglais », a contesté Romano Prodi. Varsovie, qui a déjà obtenu d’échapper au caractère (modestement) contraignant des articles sur les droits individuels et politiques de la Charte des droits fondamentaux ­ les très conservateurs frères Kaczynski au pouvoir en Pologne redoutaient leurs effets sur la protection des droits des homosexuels, entre autres ­, insiste notamment pour inclure la clause dite de « Ioannina » dans le traité, soit dans le texte lui-même, soit dans un protocole. La Pologne compte sur cette clause, qui permet à des pays mis en minorité sur une décision de la geler quelque temps, pour compenser sa perte de poids relative dans le nouveau système de votes à partir de 2017. Les frères Kaczynski réclament aussi un poste permanent d’avocat général à la Cour européenne de justice.

Mais même si, « jusqu’au dernier moment, chaque gouvernement, chaque État peut poser des questions », comme le rappelle le secrétaire d’État portugais aux questions européennes, Manuel Lobo Antunes, la volonté politique d’aboutir vite devrait avoir raison de ces petites réclamations. Le résultat « est conforme à nos lignes rouges », s’est félicité un porte-parole britannique, vendredi dernier, après que les experts ont éliminé une à une les difficultés, la dernière étant la dérogation demandée par les Britanniques sur la coopération policière et judiciaire. Même le bouillant président polonais, Lech Kaczinsky, a estimé, lundi, à « 95-98 % » les chances de parvenir à un accord à Lisbonne, après un entretien avec Nicolas Sarkozy. Il a admis à mots couverts que le fait que la Pologne connaisse des élections législatives deux jours après le sommet ne facilitait pas sa tâche, tout en assurant que cela ne devrait pas être une cause de blocage.

La « constitution », rejetée en 2005, a donc toutes les chances d’être remplacée par le projet de traité d’ores et déjà consultable. Premier constat : ce traité n’est ni « mini », ni « simplifié », contrairement à ce qu’une propagande aussi habile qu’insidieuse voudrait faire croire. Fort de 256 pages, ce « traité modifiant le traité sur l’Union européenne et le traité instituant la Communauté européenne », qui devrait à terme s’appeler « traité de Lisbonne », se compose d’un préambule, du traité lui-même et d’une multitude de protocoles et de déclarations reflétant les concessions faites aux différents États membres pour arracher un accord. Alors que la Constitution rejetée par les Français et les Néerlandais en 2005 remplaçait tous les traités européens par un texte unique, celui-ci amende les deux traités « fondateurs » ­ le traité de Rome sur la Communauté européenne en 1957 et le traité sur l’UE de Maastricht en 1992. Il se lit comme une liste de modifications, du genre : « L’article 1er est modifié comme suit » ou « la phrase suivante est ajoutée à la fin du premier alinéa ». Il est donc incompréhensible sans les deux autres traités à portée de main. Ce qui en limite la compréhension à un public de juristes avertis, alors même que le préambule prétend que l’objectif de ce traité est de « renforcer l’efficacité et la légitimité démocratique de l’Union ».

Second constat : ce nouveau traité n’est pas « révisé » par rapport au traité constitutionnel européen majoritairement rejeté par les peuples français et néerlandais. Valéry Giscard d’Estaing le dit mieux que quiconque : le nouveau texte « correspond à une nouvelle écriture du texte original et contient l’essentiel de la Constitution européenne », a déclaré à la presse l’ancien président de la Convention européenne, qui avait préparé le texte du traité constitutionnel. On se souvient aussi qu’à la vue du premier jet le député européen Jean-Louis Bourlanges s’était exclamé : « Toute la Constitution est là ! Il n’y manque rien ! »

L’affirmation enthousiaste de cet élu centriste doit être nuancée. Le nouveau texte ne contient aucun article mentionnant les symboles de l’Union européenne, tels que le drapeau et l’hymne ; le chef de la diplomatie ne porte pas le titre de « ministre » européen des Affaires étrangères mais celui de « Haut Représentant de l’UE pour la politique étrangère et la sécurité », ce qui en fait, selon l’expression de Nicolas Sarkozy, un « ministre des relations extérieures sans le nom ». Enfin, le terme même de « constitution » a été abandonné, et le texte renonce à appeler « loi » et « loi-cadre » les règlements et directives.

Toutefois, ces changements de terminologie, destinés, comme la suppression des symboles, à contourner les réticences des souverainistes, ne modifient pas la substance juridique du traité rejeté. Pour preuve, la personnalité juridique accordée à l’Union, qui permettait au traité de Giscard de se présenter comme une constitution, demeure. Ainsi que la présidence stable de l’Union ­ un président, qui n’est pas un chef de gouvernement en exercice, élu pour deux ans et demi. Enfin, l’ancien article 6 du TCE, qui posait la supériorité de la norme européenne sur la loi nationale, ne figure plus dans le traité proprement dit, mais il y est explicitement fait référence dans une déclaration annexe qui rappelle la jurisprudence de la Cour de justice, ce qui revient au même. Même sans l’appellation, le traité modificatif se présente comme une loi fondamentale modifiant les traités existants qui, eux-mêmes, forment déjà une constitution qui ne dit pas son nom. Les mêmes artifices sont employés pour endormir les « nonistes » de gauche hostiles à l’orientation néolibérale de la construction européenne. Lors du sommet de juin, Nicolas Sarkozy s’était bruyamment félicité d’avoir obtenu que la mention de la « concurrence libre et non faussée » soit biffée des objectifs de l’Union. Le président de la République avait alors claironné que cette mesure constituait « une réorientation majeure des objectifs de l’Union ». Cette opération de communication a fait long feu. « Rien ne va changer ! », a précisé, le 27 juin, Angela Merkel, en réponse à une question de Francis Wurtz, le président du groupe GUE au Parlement européen, sur le retrait de cette phrase. Pour celle qui assurait alors la présidence de l’Union européenne, le principe en question reste d’ailleurs dans le texte comme un moyen. Et pour éviter toute ambiguïté, insistait-elle, un « protocole » a été spécialement rédigé pour souligner « haut et fort » que « ce moyen doit être conservé dans toute sa plénitude ». Le protocole n° 6 rappelle en effet que « le marché intérieur tel qu’il est défini à l’article I-3 du traité de l’UE comprend un système garantissant que la concurrence n’est pas faussée ». L’article I-3 est celui qui traite des objectifs de l’Union ; le tour de bonneteau est parfait.

Abondant dans le même sens que la chancelière allemande, José Manuel Barroso ajoutait, en réponse à la même question, que le principe de concurrence ne devait en aucun cas être « sapé », car il constitue « l’une des composantes essentielles du marché unique. Cela doit être très clair ». Contrairement à ce qu’affirme Nicolas Sarkozy, le respect de l’économie ouverte de marché « où la concurrence est libre et non faussée » reste une des pierres angulaires de la construction européenne. Les contraintes induites par ce principe libéral sont toutes reconduites dans le traité : libre circulation des capitaux, statuts et missions de la Banque centrale européenne, obligation d’ouverture à la concurrence des entreprises de service public, pouvoirs de la Commission européenne en matière de concurrence, etc. Aucune des exigences portées par les partisans du « non » n’a été prise en compte. Pas plus le rejet de ces dispositions économiques que la critique de la référence aux « héritages religieux », celle de l’inscription de la défense européenne dans la politique de l’Otan ou la demande de levée des obstacles à l’amélioration des règles sociales et à l’harmonisation de la fiscalité. Pire, même, la dispense accordée au Royaume-Uni d’appliquer la Charte des droits fondamentaux indique, comme le relève le syndicaliste Pierre Khalfa, que « le social serait donc en option et la concurrence obligatoire. C’est l’officialisation du dumping social ! »

L’exigence démocratique n’est pas mieux considérée. Alors que celle-ci était une des principales revendications du « non », les citoyens restent les grands absents de ce processus. Tout a été conçu au sommet et à huis clos. L’absence de référendum, voulu par Nicolas Sarkozy, transformerait ce déni de démocratie en coup de force contre la volonté populaire.

Notes [1] http://www.consilium.europa.eu/cms3....

[2] http://www.consilium.europa.eu/cms3....


Répondre à cet article
Dans la rubrique :
  1. Les pays du G8 et l’Aide publique au développement
    mardi 27 mai 2008
  2. Référendum : l’Irlande se perd en états d’âme Le Monde)
    mercredi 14 mai 2008
  3. À bas la nouvelle mouture du traité européen !
    mardi 11 mars 2008
  4. Invitation pour mon expo à Paris sur le Traité Simplifié le 8 et 9 mars 2008
    mardi 11 mars 2008
  5. Traités européens introuvables : un journaliste irlandais témoigne
    jeudi 14 février 2008
  6. Tromperie aggravée
    dimanche 10 février 2008
  7. La gauche pouvait obtenir un référendum
    jeudi 7 février 2008
  8. Congrès de Versailles : celles et ceux qui ont dit non
    mardi 5 février 2008
  9. Congrès de Versailles : le coup d’Etat du 4 février
    lundi 4 février 2008
  10. La colère d’Etienne Chouard
    lundi 4 février 2008
  11. Rassemblement à Paris pour un référendum sur le traité européen
    samedi 2 février 2008
  12. Baroud d’honneur des "nonistes" (Le Monde)
    samedi 2 février 2008
  13. 2 février : Mobilisation à Montpellier
    mercredi 30 janvier 2008
  14. Traité de Lisbonne : action unitaire Paris 12ème
    vendredi 25 janvier 2008
  15. Lundi 4 février, tous à Versailles !
    lundi 21 janvier 2008
  16. Les dirigeants du PS désavoués par "leurs troupes" ? (Marianne2.fr)
    mardi 15 janvier 2008
  17. Référendum : le spectacle affligeant du PS (Emmanuelli - Libération)
    mardi 15 janvier 2008
  18. Quelle Europe après le NON ? (vidéo)
    lundi 14 janvier 2008
  19. Les mensonges du traité de Lisbonne
    dimanche 13 janvier 2008
  20. Communiqué de la Coordination des Collectifs : Traité européen, le PS devant de lourdes responsabilités
    mercredi 9 janvier 2008
  21. Colère des nonistes après le PS (Le Monde)
    mercredi 9 janvier 2008
  22. Marc Dolez, député PS du Nord, déplore les reniements des dirigeants socialistes
    mardi 8 janvier 2008
  23. Le PS : Boycotter le congrès, ils ne peuvent pas !
    mardi 8 janvier 2008
  24. Référendum : les petites lâchetés du PS...
    mardi 8 janvier 2008
  25. Réclamez audiovisuellement un référendum !
    mardi 8 janvier 2008
  26. Le SAV médiatique du traité de Lisbonne (ACRIMED)
    samedi 5 janvier 2008
  27. UN ALTER CONGRES , DIMANCHE 3 FEVRIER ?
    jeudi 3 janvier 2008
  28. Que faire des élections municipales ?
    samedi 29 décembre 2007
  29. La cour européenne de justice, gardienne de l’orthodoxie néolibérale
    vendredi 28 décembre 2007
  30. BOLKENSTEIN, le retour !
    vendredi 28 décembre 2007
  31. Tous à Versailles le 4 février 2008
    mardi 25 décembre 2007
  32. Tribune collective sur le traité de Lisbonne (Libération)
    jeudi 13 décembre 2007
  33. Elements d’analyse comparative TCE / nouveau traité
    jeudi 6 décembre 2007
  34. Analyse du traité de Lisbonne dans l’Humanité
    mardi 27 novembre 2007
  35. Laurent Fabius sur le traité de Lisbonne (extrait Libération)
    samedi 24 novembre 2007
  36. Initiative féministe europeenne dit non au traité modificatif
    jeudi 22 novembre 2007
  37. Lancement du Comité National pour un Référendum (CNR)
    jeudi 22 novembre 2007
  38. LES DOCS COMPLETS SUR LE TRAITE DE LISBONNE DIT...SIMPLIFIE !
    jeudi 15 novembre 2007
  39. Traité simplifié : Sarkozy confie qu’un référendum serait perdu ( The telegraph)
    mercredi 14 novembre 2007
  40. La CGT veut un référendum (L’Humanité)
    samedi 10 novembre 2007
  41. Le PS ne "s’opposera pas" à la ratification du traité européen (Le Monde)
    samedi 27 octobre 2007
  42. Etienne Chouard et le traité européen modificatif (Libération)
    jeudi 25 octobre 2007
  43. DIAPORAMA "APPEL A REFERENDUM SUR TRAITE EUROPEEN"
    mercredi 24 octobre 2007
  44. Traité européen, 81 % des français pour un référendum (rappel mars 2007)
    mardi 23 octobre 2007
  45. A l’étranger Raoul Marc JENNAR réagit au "nouveau traité européen modificatif"
    dimanche 21 octobre 2007
  46. TRAITÉ MODIFICATIF : LES ATTAC D’EUROPE DISENT NON
    vendredi 19 octobre 2007
  47. "Traité européen simplifié" approuvé à Lisbonne (Le Parisien)
    vendredi 19 octobre 2007
  48. Traité européen : passage en force (Politis)
    jeudi 11 octobre 2007
  49. "Traité simplifié", haute trahison !
    mercredi 10 octobre 2007
  50. Le "traité européen simplifié" contre l’avis des peuples !
    mercredi 3 octobre 2007
  51. Analyse du traité modificatif de l’UE
    mercredi 22 août 2007
  52. Sur le "traité modificatif" européen (ATTAC - Aurélie Trouvé)
    mardi 14 août 2007