
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Quand le ministre de l’Intérieur « photocopille » le programme du FN
Nicolas Sarkozy prétend barrer la route au Front national, mais applique son programme. C’est à la personne du boutiquier Jean-Marie Le Pen que le président de l’UMP s’en prend, pas à son fonds de commerce : les faits montrent qu’il se verrait bien le racheter. Devant les militants (1), Nicolas Sarkozy avoue « pourquoi chercherais-je l’électorat du Front national ? Je l’ai déjà ! », mais biaise devant les médias. Dans une interview au Parisien, le 20 octobre, concernant sa politique, le ministre de l’Intérieur invective : « Je mets au défi qui que ce soit de trouver une seule idée qui soit conforme à ce que pense monsieur Le Pen, y compris sur l’immigration choisie ». Il a la mémoire courte : en avril 1990, simple député, il signait une proposition de loi instaurant la « préférence nationale » dans les collectivités locales. Les « conditions d’attribution des prestations » pouvaient être conditionnées « à la durée de résidence des bénéficiaires éventuels sur le territoire de la collectivité intéressée, au montant de leurs ressources ou à leur nationalité ». Ce n’est pas un écart : en avril 2006, le président de l’UMP, devant ses nouveaux adhérents, a repris à son compte le slogan créé par le Front national de la jeunesse en 1995 « La France, tu l’aimes ou tu la quittes ». Selon le collectif RéSo (Réformistes et Solidaires), « au moins 20 propositions du Front national ont été reprises par Nicolas Sarkozy ». Certaines retiennent particulièrement l’attention.
Le Front national (2) propose de « faciliter les contrôles d’identité ». Les deux lois sur la sécurité intérieure concoctées par le premier policier de France étendent les possibilités d’intervention en matière de fouille et de contrôle d’identité. « Les campagnes de dénigrement » de la police doivent « systématiquement faire l’objet de poursuites », selon le FN. Deux cents parlementaires sarkozystes réclament la « poursuite de groupes de rap pour leurs propos anti-flic et anti-France ». Quant à « sanctionner les manifestations publiques d’incitation à la débauche et à la violence », Nicolas Sarkozy s’en charge déjà, créant le délit de racolage passif pour les prostituées et demandant le rétablissement de la loi anticasseurs qui rend responsables des violences les organisateurs des manifestations. Auteurs qui, selon le credo frontiste de « peine prompte, certaine et incompressible », sont de plus en plus soumis à comparution immédiate, renforcée par la loi Perben.
Rêvant d’un ministère unique, le ministre de l’Intérieur suit le FN lorsqu’il propose d’« organiser une coopération étroite entre la police et la justice ». Dès février 2004, ses policiers devaient « signaler systématiquement au magistrat les affaires dans lesquelles les suites judiciaires (leur) apparaissent insuffisantes ou mal appropriées ». Afin de tirer définitivement la justice française vers le bas, Nicolas Sarkozy propose l’instauration de jurys populaires dans les tribunaux correctionnels. Le Front national veut « bannir la politisation de la magistrature ». Nicolas Sarkozy multiplie les déclarations dénonçant la politisation des magistrats, sa cible préférée restant le tribunal pour enfants de Bobigny, trop « laxiste » à son goût.
C’est le ministre de l’Intérieur qui a le plus combattu à la fois l’immigration clandestine, mais aussi légale. « Procéder à l’expulsion effective des immigrés clandestins », l’extrême droite en rêve. Pour mener à bien ses visées exclusivement comptables, le ministre de l’intérieur s’est livré à la chasse aux sans-papiers, enfants scolarisés compris. Lors de la révolte des banlieues, il a demandé l’expulsion des jeunes soupçonnés d’avoir pris part aux violences. Ceux-là même pour qui le FN demande « la déchéance de nationalité », mesure pour l’instant appliquée seulement à l’encontre d’islamistes radicaux. Or, la loi contre le terrorisme a porté de dix à quinze ans le délai de demande de déchéance de nationalité après naturalisation. Un pas vers un durcissement du Code de la nationalité française. Actuellement, le code civil demande au citoyen naturalisé « de justifier de son assimilation à la communauté française, notamment par une connaissance suffisante, selon sa condition, de la langue française ». Mais la loi Sarkozy de 2003, doublée de la loi Ceseda de 2006, impose une connaissance « des droits et devoirs » et organise le contrôle de celle-ci. Une concession à la « naturalisation » fondée sur « l’assimilation » réclamée par Jean-Marie Le Pen.
(1) Phrase prononcée
en déplacement dans le Cantal, le 30 juin 2005,
reprise dans « Libération ».
(2) Les propositions du Front national sont tirées
de leur site internet.
Grégory Marin