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jeudi 1er décembre 2005

Médias en campagne.

Retours sur le référendum de 2005

Dessins de Mathieu Colloghan

134 pages

7 euros

Aux Editions SYLLEPSE

Dans cet ouvrage court et incisif, l’association Acrimed (Action-Critique-Médias) se propose de revenir sur le traitement médiatique de la campagne référendaire de 2005, qui a abouti le 29 mai dernier au rejet du projet de Constitution européenne. Pendant des mois, une partie importante de la population a pu constater la disproportion quantitative et les distorsions qualitatives qui ont favorisé les partisans de l’adoption de ce projet. Pour preuves de ce constat, il suffit de mentionner l’abondant courrier de protestations de la part d’usagers ou les mobilisations de journalistes qui en appelaient eux-mêmes à un plus grand respect du pluralisme.

Rarement (du moins dans un passé récent) la contestation de l’ordre médiatique dominant aura été aussi forte qu’elle le fut à l’occasion de la campagne du référendum sur le Traité constitutionnel européen. Rarement (mais beaucoup moins...), le pluralisme démocratique aura été aussi ouvertement et cyniquement bafoué par les grands médias, publics ou privés, que leurs chefferies éditoriales ont tenté de mobiliser en faveur du Traité constitutionnel. Au mépris non seulement des électeurs, mais aussi de journalistes enrôlés, bon gré mal gré (et non sans fortes résistances, comme en témoigne l’appel lancé par des personnels du secteur public), dans une campagne qui n’était pas la leur et, en tout cas, pas digne des métiers de l’information.

L’arrogance des éditorialistes et chroniqueurs multicartes, des présentateurs d’émission et des contrôleurs d’antenne, des experts en tous genres et des tenanciers toutes catégories qui occupent l’espace médiatique et en contrôlent l’accès s’est exprimée sans aucune retenue. Se réservant le monopole de « la raison », face à des opposants auxquels ils n’accordaient que des passions, de préférence les plus basses, et les desseins les plus inavouables, ils se sont attribués du même coup le monopole de la « pédagogie ».

Mais il faut espérer que la critique du rôle des « grands médias » pendant et après le vote du 29 mai 2005 ne restera pas sans suites. Car, parmi d’autres « pouvoirs », les médias disposent de celui de se faire oublier ou, plus exactement, d’entretenir l’amnésie sur leurs œuvres passées quand celles-ci ne coïncident pas avec les contes et légendes du « quatrième pouvoir ».

Le premier objet de ce livre est donc de proposer une sorte d’aide-mémoire pour que celles et ceux qui, journalistes inclus, ont eu à subir l’omniprésence et l’arrogance de l’oligarchie qui trône au sommet de l’espace médiatique, n’oublient pas. Et ne négligent pas, s’ils sont tentés de le faire, d’en tirer quelques conséquences.

Développant des analyses à la fois rigoureuses et faciles d’accès, trois chapitres s’appuient sur un travail minutieux de collecte des données, dans les médias les plus variés (presse quotidienne nationale ou régionale, magazines, émissions de radio, de télévision, etc.). Tandis que dans le premier chapitre les auteurs rendent visible le caractère inéquitable du débat orchestré par les grands médias, le second décrypte les divers procédés de désinformation employés par les journalistes dominants dans leur souci de « pédagogie » à l’encontre d’un peuple récalcitrant. Enfin, le troisième chapitre est entièrement consacré aux réactions suscitées par la victoire du « non » le 29 mai 2005, caractérisées notamment par une hostilité affichée à l’égard de la souveraineté populaire.

Au terme d’une critique sans concession mais toujours documentée, qui établit un bilan très préoccupant, les auteurs interpellent les associations et les organisations de gauche sur la nécessité de lutter pour un pluralisme réel dans les médias. Car il est urgent de faire de nouveau de la question des médias une question politique majeure, aujourd’hui décisive pour l’affirmation des idéaux démocratiques.

L’ouvrage s’adresse non seulement aux 55 % des électeurs qui ont voté « non » au référendum, mais aussi à tous ceux qui, quel que soit leur vote, souhaitent qu’existe un véritable pluralisme de l’information et du débat. Ce livre devrait tout particulièrement intéresser les acteurs collectifs de la gauche, toujours menacés de se voir privés de parole dans les médias, ou de se la voir concédée dans des conditions peu acceptables.

Cet ouvrage s’inscrit dans le cadre d’une série d’initiatives (livres, films tels que Désentubages cathodiques, sur les écrans cet automne, mais aussi réunions publiques, organisation des « états généraux pour une infirmation et des médias pluralistes », etc.) qui font exister la critique des médias dans le débat public.

Les auteurs

* L’association Acrimed (Action-Critique-Médias) est un Observatoire des médias, constitué en 1996. Elle réunit des journalistes et des salariés des médias, des chercheurs et des universitaires, des acteurs du mouvement social et des « usagers » des médias, et cherche à mettre en commun savoirs professionnels, savoirs théoriques et savoirs militants au service d’une critique rigoureuse et intransigeante. www.acrimed.org

*Henri Maler, co-animateur d’Acrimed, est maître de conférences en sciences politiques à l’Université de Paris VIII-Saint-Denis

*Antoine Schwartz est chercheur en sciences politiques à l’Université de Paris X-Nanterre.

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