
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Et revoilà le bâton placé derechef au centre de la prochaine campagne présidentielle. Alors que les douze derniers mois ont été marqués par le refus du projet de constitution libérale de l’Europe, l’explosion sociale dans les banlieues et la victoire sur le CPE, Ségolène Royal vient de décider du terrain sur lequel elle se propose de faire mieux que Nicolas Sarkozy : la répression !
Et que demande la probable candidate à la candidature : le retour de la police de proximité, le redéploiement des forces de police – doit-on rappeler que la politique "m’as-tu vu" du Ministre de l’Intérieur a soustrait, par exemple, des forces de police du 93 au profit des centres villes - voir l’embauche de fonctionnaires de police en même temps qu’un grand plan de formation civique et citoyenne de ceux-ci comme Joxe l’avait fait en son temps au Ministère de l’intérieur ?
Non ! Elle reprend en les aggravant les projets les plus répressifs : encadrement militaire des « jeunes pré-délinquants", aggravation des conditions de vie de familles déjà en difficulté en s’en prenant à leurs prestations sociales, etc...
Une précaution avant de poursuivre : nous ne sommes pas de ceux qui ignorent le problème de la sécurité publique. Elle est un droit fondamental au même titre que la sécurité sociale ou celle de l’emploi d’autant que ce sont les plus défavorisés qui souffrent en premier de son absence. Et nous avouons avoir souri en entendant certains de nos amis de la gauche antilibérale redorer le blason de la police de proximité après les événements de novembre dernier, alors que les mêmes n’avaient pas eu de mots assez durs pour condamner dans son ensemble la politique de Jean-Pierre Chevènement au ministère de l’intérieur, y compris sur cet aspect.
Ce doit être dit : la gauche au pouvoir, qu’elle que soit cette gauche, ne pourra répondre par la seule prévention à la montée de la délinquance.
Ségolène Royal a également compris l’un des plus importants facteurs de la période : le désir ultra majoritaire d’une politique volontariste et d’un engagement fort de l’état. D’un responsable politique de gauche on pourrait s’attendre à ce qu’il nourrisse en priorité cette aspiration d’une dénonciation virulente du désengagement de l’état en matière économique. Ségolène Royal préfère des hochements martiaux du menton qui ont l’avantage de ne pas effrayer la bourse. Et ceux qui, à gauche, ont applaudi immédiatement les déclarations de Royal, devraient se souvenir que l’on trouve toujours plus fort que soi à droite quand on veut associer le libéralisme économique et affermissement du seul rôle répressif de l’état. A moins de songer à imiter la méthode d’un Tony Blair. Mais il est vrai que Ségolène Royal a dit apprécier son oeuvre. Jean-Pierre Chevènement, qui lui ne dit pas cela, expliquait ces derniers jours, en soutenant les déclarations de Mme Royal, la difficulté à être Ministre de l’intérieur d’un gouvernement de gauche au prétexte que celle-ci aurait un problème moral avec la sécurité. Il a partiellement raison mais, et le bilan qu’il a su tirer en démissionnant du gouvernement Jospin devrait lui permettre d’éviter cette erreur, le problème fondamental est ailleurs : si l’on peut-être libertaire et économiquement libéral, être autoritaire n’est en aucun cas un antidote contre le libéralisme ! Si l’état se montre autoritaire dans sa politique répressive mais dans le même temps privatise les services et entreprises publiques, annonce qu’il ne peut rien contre les entreprises qui licencient en faisant des profits, oublie que la République est une et indivisible en accélérant les inégalités sur le territoire au prétexte de la décentralisation, bref fissure le rôle social de l’état et oublie les aspirations égalitaires de la gauche, toutes choses dans lesquelles le gouvernement de Lionel Jospin aura finalement plongé, cela ne fait ni une politique de gauche ni même républicaine. !
Doit-on rappeler que cette politique du bâton et de la dérégulation en matière économique, n’a rien de nouvelle en France. Elle tend même à s’aggraver avec le succès que l’on sait : chômage et précarité croissant, formation de ghetto communautaire, école publique en péril. Et si régulièrement notre peuple ne montrait pas sa capacité de résistance, ce qu’il reste de notre pacte républicain et social aurait été détruit depuis longtemps. Comment ne pas saisir que toutes les surenchères répressives n’auront que peu d’impact quand le chômage frappe 40% des jeunes d’une cité et qu’ils craignent aujourd’hui de vivre plus mal que leurs parents alors que les profits boursiers eux ne cessent de croître ? Définitivement, la gauche, à moins de vouloir valider un peu plus les idées de la droite extrême, ne peut résumer son ambition volontariste à la seule répression en renonçant à renouer, autrement que par du saupoudrage sans effets, avec les instruments politiques de la justice sociale. Le bien commun ne peut se résumer au sécuritaire et c’est ignorer les leçons de l’histoire que de ne pas voir dans les "classes dangereuses", le versant paupérisé et privé d’espérance des classes populaires. Cette espérance que la gauche se doit d’incarner de nouveau sous peine d’un 21 avril bis.
En réalité, une politique sécuritaire sans la justice sociale et l’égalité républicaine a de forts relents de politique de classe ! Décidément, il devient toujours plus urgent de changer la donne à gauche.
Eric Coquerel
Président du Mars (Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale)