Ensemble, à gauche, pour construire une alternative antilibérale
AccueilDocumentationArchivesContributions/Charte
Dernière mise à jour :
mardi 30 septembre 2008






Sauf mention contraire,
le contenu de cette page est sous
contrat Creative Commons.

Contrat Creative Commons
Brèves
Plus que durant la 2ème guerre mondiale...
lundi 9 juin
Aux Etats-Unis, l’augmentation des dépenses militaires ont, en 2007, atteint un niveau supérieur à celui connu lors de la seconde guerre mondiale. "Depuis 2001, les dépenses militaires américaines se sont accrues de 59 %, principalement en raison des opérations militaires en Afghanistan et Irak mais (...)
LE POUVOIR D’ACHAT EN BERNE
lundi 12 novembre
915 euros. Un tiers des Français bénéficient de moins de 915 euros de revenus par mois. « Nicolas Sarkozy s’était engagé à augmenter le pouvoir d’achat des salaires et on attend toujours, à augmenter les pensions de retraite et on attend toujours. Par contre, l’augmentation de 206 % du salaire du (...)
Pour une charte anti libérale...et féministe ?
lundi 21 août 2006
par Guy Stoll
La charte traite mal et insuffisamment l’égalité des sexes, "valeur" qu’elle annonce pourtant comme fondamentale. Ceci est une critique constructive et une proposition d’enrichissement de la charte sur ce point.

Avant de critiquer dans le détail la prise en compte insuffisante du féminisme par la charte antilibérale et faire une contre proposition, il peut paraître nécessaire de rappeler l’impact concret de la domination masculine sur la vie de chacun et surtout de chacune de nous. Une domination qui, parce qu’elle est présente partout semble à certain-e-s comme n’étant nulle part, ce qui est le propre de toute idéologie dominante, quelle soit libérale ou patriarcale. Il y a pourtant autour des rapports de sexe inégalitaires un phénoménal besoin social qui appelle une véritable politique de rupture en ce domaine.

Le travail domestique :

C’est une énorme masse de travail qui représente plus de 50% de l’ensemble de l’activité humaine sur terre, et qui reste toujours en France effectué à 80% par les femmes : travail invisible et réalisé gratuitement. A noter que ce travail a la caractéristique d’être réalisé non pas pour soi mais pour d’autres et toujours au nom de la nature, de l’amour ou du devoir maternel. (D.Kergoat)

  Sur le soi disant partage des tâches domestiques : en France en 1998, les hommes y consacraient chaque jour 10 minutes de plus qu’en 1985 (INSEE) : quel progrès en 13 ans !
  Un homme sans enfant effectue 2h de tâches domestiques par jour ; en couple, avec 2 enfants, il n’en fera plus qu’1h30 (sa compagne : 6 heures !)
  Dès qu’un couple a des enfants, l’homme travaille moins à la maison, et passe plus de temps à son travail ; sa carrière décolle ; la femme, elle, a, au contraire, deux fois plus de travail domestique qu’avant et sa carrière stagne quand elle ne s’arrête pas.
  En dehors de ces aspects quantitatifs, le niveau de responsabilité des tâches domestiques et les contraintes de gestion du temps pèsent aussi presque exclusivement sur les femmes. Il n’y a pas, par exemple, le même niveau de contrainte entre passer la tondeuse pendant le week-end (pour monsieur) et ne pas rater absolument l’heure de sortie de l’école, anticiper et faire le repas en temps et en heure tous les soirs (pour madame).

C’est ce que l’on appelle la division sexuelle du travail qui a pour caractéristique l’assignation prioritaire des hommes à la sphère productive et l’assignation prioritaire des femmes à la sphère domestique et reproductive. Il faut bien voir que cette division du travail ne traduit pas une complémentarité des tâches mais une hiérarchie entre les sexes, une relation de pouvoir des hommes sur les femmes.

Les discriminations dans le monde du travail rémunéré :

  Les femmes sont plus enfermées dans les emplois précaires et les emplois à temps partiel contraint (30,4% des femmes pour 5% des hommes)
  Les femmes représentent 80% des bas salaires
  A diplôme égal les garçons accèdent davantage et plus rapidement à la catégorie cadre, aux professions conférant des revenus, des pouvoirs, du prestige. Ainsi 50% des femmes titulaires de BTS et DUT se retrouvent dans un emploi ouvrier ou employé, contre 1/8 des hommes.
  La mixité des emplois reste à construire : o La moitié des emplois occupés par les femmes se trouvent concentrés dans seulement 10 des 84 familles professionnelles (Agents d’entretien, assistant-es maternelles, aides à domicile, secrétaires, employés, infirmières, sages-femmes,…) o Alors que les 10 premières familles professionnelles occupées par les hommes ne regroupent que 30% de leurs emplois

Le système patriarcal c’est aussi …

Les violences masculines :

  Le sentiment d’insécurité des femmes, dans les pays occidentaux, est en moyenne 3 fois plus élevé que celui des hommes.
  En France 40% des femmes évitent de sortir seules la nuit et sur les 60% qui le font, 41% disent avoir peur de le faire.
  En France 1 femme sur 10 a subi au moins une violence de la part de son conjoint dans l’année écoulée (Enquête ENVEFF). Cela touche toutes les catégories sociales et toutes les tranches d’âges, les plus jeunes étant d’ailleurs les plus touchées (15,3%)
  Les violences au sein du couple constituent prés de 30% des appels de la police de proximité et ces violences semblent progresser et se banaliser. (Amnesty International 2006)
  Plus de 40000 viols pas an.
  Expansion du système prostitutionnel

La restriction des possibles :

La société, les institutions et en premier lieu la famille, font des garçons des véritables handicapés de la tendresse, du paternage et de la diplomatie. Il suffit de regarder les rayons de jouets des grands magasins à Noël : surtout pas de poupées ou poussettes pour les garçons mais des jouets guerriers ou véhiculant la puissance (« action man super musclé ») ce qui incite les garçons à appréhender l’autre, et le monde plus généralement, sous la forme d’un rapport de forces et jamais sous l’angle de la diplomatie.

Inversement les filles sont très tôt préparées à un futur rôle de mère (poupées en tout genre) et de parfaite ménagère (fer à repasser, dînette, aspirateur, etc.…) sans oublier de leur rappeler qu’elles doivent tout mettre en œuvre pour plaire aux garçons selon des critères de beauté imposés (boite de maquillage, poupée Barbie)

Les jouets sont le reflet des attentes de la société vis à vis des rôles domestiques et professionnels des hommes et des femmes et les enfants intègrent très tôt ce qu’on attend d’eux, ce qu’ils peuvent imiter, ce qu’ils doivent éviter de faire. On retrouve donc à travers les jeux proposés aux enfants les mêmes rapports que dans le monde des adultes où les hommes se doivent d’être forts, virils et protecteurs tandis que les femmes sont cantonnées à la sphère domestique et conditionnées à jouer les princesses.

Sous couvert de différence, cette éducation construit insidieusement et avant tout de la hiérarchie. Ainsi, par exemple, dans la littérature de jeunesse une des raisons qui fait que plus de 70% des héros sont des garçons, et les éditeurs et éditrices le savent bien, c’est que le livre se vendra plus si c’est un garçon qui tient le rôle principal. En effet les filles acceptent volontiers de s’identifier à un héros garçon, ce qui est beaucoup plus rare à l’inverse. Un garçon répugne à se mettre à la place d’une fille, car quelque part il se sentirait dévalorisé (Adela Turin)

Cette hiérarchie intériorisée va se retrouver également au moment crucial de l’orientation scolaire. Ainsi, quand on pose la question aux adolescentes pourquoi elles ne veulent pas aller dans une filière technique elles répondent majoritairement « par peur des garçons », ce qui n’est pas un jugement de valeur. La même question posée aux garçons pour les filières par exemple littéraire donne la réponse « parce que c’est féminin, c’est dévalorisant »

Comment ne pas évoquer également la souffrance de ne pas être aux normes de la société patriarcale. Pour les filles qui ne sont pas dans les canons de la beauté affichés à longueur de magazine, ou de publicité. Pour les garçons avec l’obligation ridicule qui leur est faite de ne pas « perdre la face », d’être fort.

Pour en revenir à la charte antilibérale, c’est tromper les gens, et surtout les femmes, que leur faire croire qu’une politique seulement antilibérale suffirait à transformer leur quotidien. Certes la charte fait de l’égalité hommes/femmes une de ses valeurs fondamentales, et ce n’est pas rien, mais le contenu qui y est associé est sans ambition. En effet les objectifs proposés dans le chapitre 3 « la dimension transversale de l’objectif d’égalité hommes/femmes » ne sont malheureusement pas, contrairement à ce qui est écrit, « volontaristes et cohérents en la matière », certains sont même dangereusement rétrogrades.

Critique du chapitre 3 « la dimension transversale de l’objectif d’égalité hommes/femmes »

  Le chapitre 3 tourne autour du concept, plusieurs fois mentionné, de « droits des femmes ». Ce féminisme de la charte envisagé avant tout comme lutte pour les « droits des femmes » ou encore lutte en « direction des femmes » me paraît être sur une position extrêmement restrictive. C’est une position qui sous entend en effet que la société dans laquelle nous sommes serait la norme et qu’il ne s’agirait pour les femmes que de combler, rattraper un retard en terme de droit mais sans remettre en cause cette norme. Cette conception d’un féminisme de « droits à rattraper » oublie que cette société, ses règles et ses valeurs dominantes, a été faite par des hommes et pour des hommes. L’enjeu véritable du féminisme va bien au-delà du « droits des femmes », ce n’est pas une « question de femmes ». Il ne s’agit pas de définir un projet d’émancipation pour un seul « groupe » mais pour la société toute entière.

  L’expression « c’est un fait que les premières victimes du libéralisme sont les femmes » est un peu « courte » car telle quelle, elle semble indiquer que le libéralisme serait la cause première des inégalités énumérées par la suite (chômage plus élevé, salaires inférieurs,…), ce qui est tout simplement faux ou tout du moins extrêmement réducteur. Le défaut de ne pas mentionner le rôle et l’imbrication de la division sexuelle du travail, c’est-à-dire d’appréhender la place des femmes dans le monde du travail rémunéré sans évoquer les rapports sociaux de sexe, notamment au sein de la famille, pourrait donner à penser que persiste le vieux reflex d’instrumentaliser plus ou moins consciemment le féminisme en en faisant pour l’essentiel un moyen de mobiliser les femmes vers la lutte que l’on n’ose plus dire mais que l’on continue à penser comme étant principale, à savoir celle de la lutte contre l’exploitation économique par le capital…Penser cela ou simplement le laisser croire ce serait n’avoir rien appris, rien retenu de l’histoire du XX ième siècle

  L’expression « les droits humains fondamentaux des femmes » est à proscrire absolument d’autant plus que l’énumération qui suit intègre, et il ne pouvait évidemment en être autrement, presque exclusivement des droits tout simplement de la personne humaine. Les femmes ne sont pas une « catégorie » d’êtres humains, pas plus que les hommes ou les noirs. Oserait-on parler des « droits humains fondamentaux des noirs » ?

  D’accord évidemment sur le paragraphe relatif au droit des femmes à disposer de leur corps par la contraception et l’avortement libre et gratuit

  Sur le paragraphe « le droit à vivre dans le respect, l’intégrité et la dignité de la personne conduit à prendre des mesures pour éradiquer les violences subies par les femmes ». Déjà remplacer l’expression « les violences subies par les femmes » par « les violences faites aux femmes » ou « les violences contre les femmes »…ce qui n’est pas la même chose, le verbe « subir » donnant une image de passivité face à l’agression. De plus l’expression « prendre des mesures » me parait quelque peu naïve ou insuffisante quand on sait que la violence contre les femmes prend sa source dans le rapport de domination entre les sexes et que ce rapport inégalitaire est un des fondements de notre société. Il s’agira par exemple de transformer toutes les institutions qui produisent ou reproduisent de la hiérarchie entre les sexes, ce qui est beaucoup plus vaste et demande une autre ambition que « prendre des mesures ».

  Sur le paragraphe « L’intégration dans tous les domaines (éducation, formation, marché du travail, administrations, etc.) de la lutte contre les stéréotypes sexistes qui enferment hommes et femmes dans des rôles sociaux spécifiques ». C’est un point effectivement extrêmement important sur lequel des actions très concrètes peuvent être mise en œuvre rapidement (par exemple formation/sensibilisation aux stéréotypes sexistes de l’ensembles des femmes et des hommes en contact avec des enfants comme les centres de loisir, ludothèques, crèches, personnel de l’éducation national, travailleurs-euses sociaux, etc.)

  Le paragraphe « le droit à l’emploi, à un revenu minimum, à une pension, aux allocations de chômage » n’est pas un droit spécifique aux femmes, il me parait donc hors sujet dans ce chapitre.

  Sur le paragraphe « La répartition équitable entre les hommes et les femmes du travail rémunéré (travail professionnel) et du travail non rémunéré (travail domestique et parental) permettant aux femmes d’accéder à une réelle autonomie » Laisser ce paragraphe en l’état serait une véritable faute politique car parler « d’équité » en lieu et place « d’égalité » c’est faire un bond en arrière de plusieurs dizaines d’années, si ce n’est plusieurs siècles. « L’équité s’oriente vers l’amélioration plutôt que la transformation du statu quo : elle tend à privilégier la satisfaction des besoins des femmes tels qu’ils émergent de leur position de dominées. »(Daniele Kergoat) Attention en effet à ne pas légitimer un état du rapport social aujourd’hui largement en défaveur des femmes. L’équité c’est « chacun dans son rôle » c’est-à-dire en totale contradiction avec un paragraphe précédent de la charte qui invite à lutter « contre les stéréotypes sexistes qui enferment hommes et femmes dans des rôles sociaux spécifiques ». Il était, par exemple, « normal » dans l’ancien régime féodal que le petit paysan (j’en profite pour indiquer que si je rajoute l’expression « et la petite paysanne », vous noteriez aussitôt au passage la hiérarchie véhiculée également par notre langue comme dans l’expression « c’est un grand homme » et « c’est une grande femme » ; d’un coté on parle statut social et valeur, de l’autre on parle centimètre) donc que la petite paysannerie travaille en grande partie pour le seigneur en échange de sa protection militaire. Rechercher l’équité dans ce système ce serait par exemple faire que les paysan-ne-s travaillent un peu moins pour le seigneur et/ou que celui-ci les protège un peu mieux, c’est-à-dire aménager un rapport de domination existant sans chercher à le remettre en cause.

  Sur le paragraphe « La représentation équilibrée des femmes et des hommes (parité) dans la vie démocratique, à tous les niveaux de décision ». Oui, et je préciserais « à tous les niveaux de décision et de représentation » (exemples fâcheux des différents comités d’éthique, Halde, CNRS et autres.)

  Sur le paragraphe « Le refus de l’esclavage sexuel et de la prostitution ». J’utiliserais plutôt le terme « d’abolition » pour la prostitution, terme qui suggère mieux que le mot « refus » le fait que seuls les proxénètes sont susceptibles d’être réprimés et non les prostituées

  Sur le paragraphe « La capacité pour chacune et chacun de choisir son orientation sexuelle » Je ne suis pas sur que l’on « choisisse » son orientation sexuelle, j’utiliserais plutôt l’expression « vivre son orientation sexuelle ».

En synthèse sur le féminisme dont nous avons besoin :

L’égalité des sexes ne consiste pas dans le partage du pouvoir avec les hommes dans la société telle qu’elle est. L’universel n’est certainement pas au neutre, il a été et reste encore au masculin. « Jusqu’à présent les femmes ont voulu ce qu’ont les hommes. Ne s’agit-il pas d’aller au delà » (Michèle Perrot)

Les termes de « relation sociales » et de « rapports sociaux » ne revêtent pas la même chose, le premier est structuré par le second, cela vaut pour les rapports sociaux de sexe, de classe, de race… Les relations, un simple regard dans la rue ou des liens plus profonds, qui se tissent entre une fille et un garçon, un homme et une femme, s’opèrent inconsciemment sur la base des rapports sociaux de sexe qui induisent une « image » des filles en général, des garçons en général. Cette « image » du groupe social des filles et du groupe social des garçons ne nous parle pas seulement de différences mais aussi et surtout de hiérarchie, de valeurs différentes (réfléchissons par exemple pourquoi l’expression « c’est un garçon manqué » n’a pas son pendant « c’est une fille manquée »).

Il ne sert pas à grand chose de critiquer le regard sexiste si on ne s’attaque pas à tout ce qui a construit ce regard. S’attaquer aux conséquences relève surtout de l’éthique, travailler les causes, et c’est ce que l’on est surtout en droit d’attendre de la charte, est fondamentalement politique car l’idéologie patriarcale fait système. Le sexisme ce n’est pas un problème économique associé à un problème de « retard de mentalité » qui pourrait être comblé moyennant un peu d’effort personnel. Le sexisme traverse l’ensemble de la société, l’ensemble de ses institutions contribue à le construire ou le maintenir (la famille bien sur, mais aussi l’école, les médias, les religions, l’État, les partis politiques, etc.…) S’attaquer aux causes nécessite donc une volonté politique farouche de tous les instants et en tous lieux. Transformer les rapports sociaux de sexe est beaucoup plus qu’une simple question « d’exigence éthique » comme cela est indiqué au début du chapitre 3 de la charte. Le féminisme nous invite à bouleverser en profondeur nos modes de pensée, nous invite à une autre perception du monde, probablement de même envergure que celle qui a découlé des découvertes de Galilée et Darwin.

Parce qu’il va au plus intime des individus, parce qu’il questionne les corps, le féminisme contient en germe la possibilité de construire pas à pas un autre imaginaire social, il est en possibilité d’opposer un imaginaire de l’estime et de la diversité à un imaginaire de la domination et de l’identité prison (virilité/féminité) En cela le féminisme est révolutionnaire, à un point d’ailleurs que nous sous estimons formidablement. Faisons en sorte que notre charte ne soit pas en retard d’une utopie.

En conclusion une refonte du chapitre 3 de la charte me parait évidemment nécessaire.

Quelle autre proposition sur l’égalité des sexes pour la charte ? :

Déjà reprendre l’intégralité de la charte pour la féminiser, c’est-à-dire mettre systématiquement le pendant féminin (salarié-e à la place de salarié, élu-e à la place de élu, etc.)

Ensuite proposer un chapitre conçu plus comme une liste d’engagements politiques concrets que nous prenons que comme une énumération exclusivement de droits qui semble n’avoir pour objectif que de donner un peu de supplément d’âme à la charte.

Voici donc un projet d’une proposition alternative, largement amendable bien sur.

« Les femmes ont conquis des droits fondamentaux : droit à l’instruction, à l’indépendance civile, droit de vote, droit à l’avortement. Et pourtant, en dépit des avancées, des discriminations dures persistent. La hiérarchie des sexes est notamment visible dans le monde du travail rémunéré avec un taux de chômage plus élevé, des inégalités salariales ou un taux de temps partiel imposé 6 fois plus important que pour les hommes. Une hiérarchie particulièrement visible aussi dans le maintien d’une répartition extrêmement inégale des tâches domestiques ou dans la violence conjugale qui traverse toutes les couches sociales, toutes les générations et qui touche une femme sur dix.

Le sexisme ne peut être réduit à un problème économique qui serait associé à un problème de « retard de mentalité » qu’un peu d’effort personnel pourrait combler. Le sexisme traverse l’ensemble de la société, l’ensemble de ses institutions contribuent à le construire ou le maintenir (la famille, l’école, les médias, les religions, l’État, les partis politiques, etc.…) Sans une immense volonté politique féministe de tout instant et en tous lieux notre société restera profondément et fondamentalement sexiste. Nous avons conscience que l’enjeu va bien au-delà du seul droit des femmes, il s’agit de définir un projet d’émancipation non pour un seul « groupe » mais pour la société toute entière. Ce projet d’émancipation féministe dont l’objectif est d’ouvrir les possibles, d’élargir les capacités de chaque être humain quel que soit son sexe est un élément fondamental et identitaire de la charte. Nous proposons une politique de rupture, volontariste et cohérente en la matière.

  Le droit des femmes à disposer de leur corps par la contraception et l’avortement libre et gratuits doit être appréhendé comme un droit universel, préalable à leur émancipation dans la société. Il ne saurait donc être soumis au relativisme culturel. Il implique notamment des moyens nouveaux pour la gynécologie hospitalière et médicale et la mise en place, de l’école primaire au lycée, d’un enseignement obligatoire et conséquent à la sexualité, à la diversité sexuelle et à la contraception.

  Intégrer l’égalité des sexes et donc la lutte contre les stéréotypes sexistes qui enferment filles et garçons dans des rôles sociaux spécifiques comme mission essentielle de l’Éducation Nationale. Cela passe par la formation du personnel éducatif ainsi que par l’adaptation des programmes et des manuels scolaires.

  La lutte contre la division sexuelle du travail et l’objectif de l’égalité dans le monde du travail rémunéré nécessitent la mise en place d’un grand service public national de la petite enfance dont l’ambition est de créer un million de places en crèche en 10 ans, places gratuites au moins pour les bas revenus. En parallèle il s’agira de développer la mixité des professionnel-les de la petite enfance par tous les moyens appropriés (valorisation des métiers de la petite enfance, campagnes de sensibilisation publique, sensibilisation des conseiller-ères d’orientation, masculinisation des noms de fonction, etc.…)

  Mettre en place une politique familiale paritaire et accordant aux couples gays, lesbiens et transsexuels et aux couples concubins les mêmes droits et avantages qu’aux couples mariés. Lancer des campagnes d’information sur le partage du travail domestique.

  Le droit à vivre dans le respect, l’intégrité et la dignité de la personne conduit à mettre en place à tous les niveaux des politiques et des stratégies ambitieuses pour prévenir et lutter contre les violences faites aux femmes. Cela passe notamment par le vote d’une nouvelle loi contre les violences de sexes s’inspirant de la loi espagnole, par une collaboration beaucoup plus étroite au niveau local entre les différentes institutions concernées impliquant une formation sur ces problématiques à tous les personnels accueillant des personnes victimes de violences, en priorité pour la police et la gendarmerie mais aussi pour les assistant-es sociaux-ales, les inspecteur-trices du travail, le personnel juridique, le personnel de santé…

  Mettre en place une politique abolitionniste vis-à-vis de la prostitution

  Mettre en place une politique internationale de solidarité notamment en accordant le droit d’asile et le statut de réfugié-es aux femmes et hommes victimes de persécutions sexistes et/ou de violences ou mutilations sexuelles et/ou de discriminations en raison de leur sexualité. Renégocier les accords bilatéraux signés entre la France et certains pays qui appliquent aux ressortissantes de ces pays vivant en France des “ codes de statut personnel ” discriminatoires. Permettre à ces femmes de bénéficier des lois civiles françaises.

  Assurer la représentation équilibrée des femmes et des hommes (parité) dans la vie démocratique, à tous les niveaux de décision et de représentation.

  Mettre en place toute mesure favorable à l’égalité des sexes dans le monde du travail rémunéré : inviter les employeurs, privés et publics, à s’engager sur des chartes de non-discrimination et de bonnes pratiques, veiller à l’application des lois européennes et françaises interdisant les discriminations fondées sur le sexe et la situation familiale notamment lors du recrutement, lancer des campagnes nationales pour l’accès égal des hommes et des femmes à tous les métiers, particulièrement ceux traditionnellement “ sexués ” (sage-femme, puéricultrice, plombier, ingénieur…) notamment par le biais de leur revalorisation symbolique mais aussi d’une revalorisation des salaires des métiers dits “ féminins ” (infirmière, assistante sociale, etc.),…

  Engagement des élu-e-s locaux et régionaux à mener une politique volontariste réellement anti sexiste. Cela passe par une recherche systématique de synergie sur les expériences positives déjà menées dans ce domaine : politique de la ville adaptée aux différents temps de la vie, meilleure coordination des services de polices, santé, justice pour lutter contre les violences conjugales, sensibilisation du personnel municipale aux stéréotypes de sexe, intégration obligatoire du critère anti sexiste dans les politiques budgétaires, mise en place d’une collaboration étroite entre la population, les politiques et les associations féministes, …

  Développer la recherche universitaire sur les questions de genre. Encourager la prise en compte systématique du sexe dans toutes les méthodes statistiques, s’engager dans une analyse par sexe des budgets publics, afin d’évaluer dans quelle mesure ils touchent hommes et femmes, et prennent en compte de façon systématique et transversale (mainstreaming) le facteur genre.


Répondre à cet article
Documents joints à cet article :
Dans la rubrique :
  1. Une nouvelle organisation de l’Union européenne et du Monde
    samedi 1er avril 2006
Dans la rubrique :
  1. DU SHIT ET DES ROSES
    dimanche 24 septembre 2006
  2. Contribution du collectif unitaire d’Annonay
    samedi 9 septembre 2006
  3. SE SERVIR DE LA CHARTE !
    vendredi 1er septembre 2006
  4. Pour une charte anti libérale...et féministe ?
    lundi 21 août 2006
  5. contribution à la dernière version de la charte
    vendredi 30 juin 2006
  6. Amendement / personnes handicapées
    jeudi 29 juin 2006
  7. biens communs
    mardi 20 juin 2006
  8. “Nous avons une charte anti-libérale”
    vendredi 16 juin 2006
  9. propositions d’amendements du collectif 29 mai Cergy 95
    mercredi 31 mai 2006
  10. Forum du Collectif du 29 mai du Rhône le 22 avril 2006 à Lyon, concernant le projet de charte pour une alternative au libéralisme
    jeudi 11 mai 2006
  11. amendements à la version 3 de la charte
    mercredi 10 mai 2006
  12. Appuyons sur la dimension écologiste
    mercredi 10 mai 2006
  13. amendements et compléments proposés par un groupe des Alternatifs
    lundi 8 mai 2006
  14. Contribution pour une alternative antilibérale en matière d’éducation
    lundi 8 mai 2006
  15. Contribution du collectif de l’Isle sur la Sorgue 84 Vaucluse
    lundi 8 mai 2006
  16. Unité électorale
    lundi 8 mai 2006
  17. Comité 20e pour une autre Europe (Paris)
    vendredi 5 mai 2006
  18. Amendements du collectif Paris 5e
    vendredi 5 mai 2006
  19. Collectif de St Egreve, amendements et réflexions
    mardi 2 mai 2006
  20. Amendements du Collectif Beaujolais du 29 mai
    jeudi 27 avril 2006
  21. amendements et compléments proposés par un groupe des Alternatifs
    mercredi 26 avril 2006
  22. Contribution agriculture
    mercredi 26 avril 2006
  23. Amendements Aix - Gardanne (13)
    vendredi 21 avril 2006
  24. Contribution du forum des collectifs de Marseille
    vendredi 21 avril 2006
  25. Résolution du Collectif Paris 18
    mercredi 19 avril 2006
  26. Sens de l’économie politique et sens du travail
    mardi 11 avril 2006
  27. Contribution du collectif de Haute - Saône
    jeudi 6 avril 2006
  28. Propositions et précisions du collectif du Puy en Velay sur la Charte
    mercredi 5 avril 2006
  29. Propositions - Questions du collectif de Villeurbanne (69)
    mardi 4 avril 2006
  30. Propositions du collectif Le Cannet - Mougins (06)
    dimanche 2 avril 2006
  31. L’égalité pour les personnes handicapées a un caractère transversal
    samedi 1er avril 2006