
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
LE MONDE | 15.09.08 | 14h21 • Mis à jour le 15.09.08 | 14h21
A deux mois du congrès de Reims, les dirigeants socialistes jouent à se faire peur. Incapables, malgré des tractations et d’intenses conciliabules, de composer un rassemblement majoritaire, ils agitent - pour mieux appeler à l’unité - le spectre d’un congrès d’affrontement, comme le fut celui de Rennes, en 1990. Or ni Bertrand Delanoë, ni Ségolène Royal, ni Martine Aubry, ni l’outsider Pierre Moscovici n’entendent, pour l’heure, renoncer à leur ambition de succéder à François Hollande.
Bloquée, la situation risque de conduire à la multiplication des motions sur lesquelles voteront les adhérents. La date limite de dépôt est fixée au 23 septembre, il ne reste plus beaucoup de temps pour éviter un éparpillement général des forces qui favoriserait les accords de circonstances et les arrangements artificiels. Bref, tout ce que, à les en croire, les responsables socialistes entendent désormais bannir.
Pour l’heure, l’opinion paraît porter sur eux un regard sévère. "Les Français considèrent que les socialistes sont absents, estime Stéphane Rozès, directeur général de l’institut CSA. D’après nos études, ils les perçoivent comme enfermés dans la critique de l’action gouvernementale, incapables de porter leurs valeurs à travers un projet positif, ce qu’ils étaient parvenus à faire lors des élections municipales." Les électeurs de gauche, ajoute M. Rozès, "n’accordent pas de crédibilité à Olivier Besancenot mais, à travers lui, une partie d’entre eux cherchent à adresser un message au PS".
Jérôme Fourquet, directeur général adjoint du département opinion de l’IFOP, constate, pour sa part, que "tous les indicateurs sont au rouge". Outre que "la crise dans laquelle se débat depuis si longtemps le PS apparaît dorénavant comme son état normal", il relève que personne, parmi ses dirigeants, n’a creusé l’écart en terme de popularité : "Bertrand Delanoë s’est installé en tête des sondages mais il est très loin des niveaux atteints par Ségolène Royal pendant les primaires ; en fait, on ne voit pas de leader socialiste suffisamment fort pour s’imposer mais, dans le même temps, aucun n’est trop faible pour jeter l’éponge."
QUERELLE DES EGO
Cette difficulté chronique à se mettre en ordre face à la droite découle de l’incapacité des socialistes à adapter leur pratique politique à la logique des institutions, soutient Gérard Grunberg, directeur de recherches au CNRS et à Sciences Po. Selon lui, l’obligation de se doter d’un leader indiscutable, capable d’amener la gauche à la victoire au scrutin présidentiel, "la mère de toutes les élections", n’a toujours pas été intégrée par le PS, malgré ses échecs répétés. "En témoigne la question non résolue de la fonction du premier secrétaire dans le processus de désignation du candidat : doit-il ou non prétendre à concourir en 2012 ? Cette interrogation trahit la schizophrénie d’un parti présidentialisé par la force des choses mais qui, en son for intérieur, reste foncièrement attaché à un fonctionnement parlementaire", souligne M. Grunberg.
Réduit à la querelle des ego, qu’il a lui-même mis en scène, lors de son université d’été de La Rochelle, le PS est d’autant moins intelligible, ajoute le chercheur, que ses évolutions récentes - en particulier la nouvelle déclaration de principes qui officialise sa conversion définitive au réformisme - indiquent que peu de clivages idéologiques séparent les principaux prétendants.
Les difficultés du PS à s’imposer comme l’opposant à Nicolas Sarkozy s’inscrivent dans un contexte de plus en plus délicat pour les socialistes européens. "Partout, la gauche - modérée comme radicale - est au plus mal car la droite, elle aussi, est devenue réformiste ; la gauche va devoir se redéfinir profondément pour redevenir audible", assurait le philosophe Marcel Gauchet, en ouvrant l’université d’été des Gracques, le 7 septembre à Paris.
Après avoir privilégié au congrès du Mans, en 2005, une synthèse qui avait l’avantage de retarder l’expression des ambitions individuelles mais l’inconvénient de neutraliser les débats de fond, le Parti socialiste se trouve aujourd’hui confronté à ce que beaucoup de ses dirigeants appellent un "retard de la pensée". Certes, il a identifié les principaux enjeux, notamment la nécessité de réguler la mondialisation plutôt que de s’y opposer, de repenser la notion de développement en y intégrant les questions environnementales. Pour autant, il est encore loin de pouvoir apporter des réponses à la fois renouvelées et crédibles.
Paralysé par ses querelles internes, le PS aborde un congrès qui apparaît déjà comme celui de tous les dangers. Le retour à la raison viendra peut-être de l’appareil socialiste. Car si les leaders semblent déterminés à "se compter" et aller au bout de leur démarche, il n’est pas dit que certains de leurs soutiens - dirigeants fédéraux sortants ou futurs candidats aux prochaines élections européennes et régionales - envisagent de quitter le congrès de Reims en situation de minoritaires. Leur intérêt bien compris pourrait inciter à quelques réconciliations.
Jean-Michel Normand