
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Le Figaro contre la liberté de blâmer
« Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur » affiche à sa une le quotidien de la droite française. Mais c’est pour rire. Les artistes qui ont osé émettre des critiques ou des réserves sur Nicolas Sarkozy en font les frais. Une pleine page fait leur procès et, dans l’éditorial, Alexis Brézet s’indigne : « Impossible d’allumer une télévision ou un poste de radio sans tomber sur un chanteur "engagé", un "concerné", un animateur "impertinent" qui ne crie haro sur le ministre de l’Intérieur et ne jure, la main sur le coeur, qu’il est prêt à tout pour lui barrer la route de l’Élysée. » On croirait du Berlusconi s’apprêtant à virer des écrans les journalistes, les animateurs ou les comiques qui ne font pas la révérence devant son « Emitenza ».
La liste des coupables est dressée par le Figaro : Jamel Debbouze, Mathieu Kassovitz, Yannick Noah, Jeanne Moreau, Luc Besson, Muriel Robin, Joey Starr, Patrick Timsit, Yvan Solo, Jean-Pierre Bacri, Samuel Benchetrit... Sacré plateau ! Le politologue Pierre-André Taguieff s’enrôle dans les croisés du ministre de l’Intérieur pour dénoncer « les stars (qui) se comportent comme les stalino-trotskistes de jadis ». Quelle hauteur de vue et quelle rigueur intellectuelle ! Les qualificatifs dont il affuble ces artistes signent la pensée : « détracteurs télégéniques », « amuseurs jouant aux gardiens de l’orthodoxie néogauchiste »... La veille pourtant le Figaroscope qualifiait Jamel Debbouze d’« homme bien »... On imagine que le rappel à l’ordre est venu de haut. Il fallait cogner. C’est fait, sans élégance et dans la brutalité.
La droite décidément a de la tendresse pour les artistes domestiques, ceux qui sont venus au monde pour ne rien bouger ou si peu et dont l’aisance financière rend la conscience accommodante. Qu’ils migrent en Suisse pour payer leurs impôts ne la dérange guère. Elle ne leur demande surtout pas d’être citoyens. Ceux qui réussissent et n’oublient pas d’où ils viennent, ceux qui veulent garder voix au chapitre dans la société, ceux dont la parole a de l’écho et qui ne se contentent pas de la galvauder, méritent le pilori du Figaro. L’expérience des dérives autoritaires en Italie ou aux États-Unis incite à ne pas traiter ces attaques comme une simple crise d’eczéma réactionnaire.
Ici un éditeur renonce à un livre, sur pression d’un ministre ; là les propos du « plus populaire des Français », Yannick Noah, sont opportunément coupés dans Paris-Match lorsqu’ils s’en prennent à Nicolas Sarkozy... On est pour l’heure à de tristes anecdotes. Vont-elles se multiplier ? En tout cas, l’entourage de l’élu de Neuilly prépare une contre-offensive où son comité de soutien prend des allures de phalange jetée au combat. Le Figaro cite les propos odieux de l’entourage du ministre (« Jamel (Debbouze), son job, c’est de faire le Beur ») et juge que les propos de l’humoriste ne sont qu’un moyen de « se faire un peu de publicité sur le dos de Nicolas Sarkozy au moment de la sortie de son film ».
Le ministre de l’Intérieur lui-même s’était permis de lancer au footballeur Lilian Thuram - qui a grandi dans une cité populaire - qu’il ne connaissait pas la banlieue. Nicolas Sarkozy en connaît une de près : Neuilly-sur-Seine. Les autres, « aux portes de nos villes », sont peuplées de « racailles » à nettoyer « au Karcher ». Redonnons donc la parole à Beaumarchais, trop oublié par le Figaro : « Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... Noblesse, fortune, un rang, des places : tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ! Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus... »