
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Par commodité, nous allons désigner sous ce terme, l’appel “pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes, il y a urgence !”. Le texte est consultable sur le site www.alternativeunitaire2007.org.
Nous allons tout d’abord expliciter nos critères
Nous avons toujours défendu le point de vue qu’il fallait construire un pôle antilibéral avec toutes les forces politiques, sociales, associatives, syndicales, etc. qui sont d’accord pour y travailler. La justesse de cette orientation est tirée du succès même de la démarche impulsée par les “collectifs du 29 mai” lors de la campagne pour le non au TCE. Nous avons aussi défendu le point de vue que ce travail devait se faire entre les forces qui combattent le libéralisme et se démarquent du social-libéralisme, tout en connaissant les limites des simples proclamations en matière de démarcation avec le social-libéralisme. Le principal représentant du social-libéralisme dans notre pays, c’est le PS. Nous avons toujours dénoncé le fait que ce parti, pourtant battu lors du référendum sur la constitution européenne, loin de revenir sur sa position, loin de prendre des distances vis-à-vis du social-libéralisme - aussi bien celui qu’il a pratiqué lorsqu’il était au gouvernement, que celui pratiqué par ses homologues en Allemagne, au Royaume-Uni, etc. - a maintenu ce cap. Ce cap est préoccupant, car il s’accompagne d’une dérive vers des positions de plus en plus réactionnaires. Après le silence assourdissant du PS à la suite de l’instauration de l’état d’urgence, au moment de l’explosion sociale des banlieues populaires, les récentes déclarations de Ségolène Royal nous confortent dans notre position. Nous avons exprimé notre désaccord avec les initiatives qui plaçaient au premier plan la nécessité de chercher à s’allier avec le PS et de le faire revenir dans le mouvement populaire en lui servant de caution de gauche. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas participé aux “comités unitaires” notamment ceux qui ont été mis en place au moment du CPE, comités qui incluaient le PS et qui n’ont d’ailleurs joué qu’un rôle marginal. Rappelons que le principal souci de Hollande à l’époque, c’était le “désordre” provoqué par la politique de Villepin. Nous avons toujours insisté sur la nécessité et la priorité de renforcer le pôle antilibéral, se démarquant du social-libéralisme. Cela passe notamment par le renforcement des collectifs du 29 mai, par la mobilisation autour de la charte. Nous considérons que, malgré ses limites, ses manques, le socle que constitue la charte antilibérale, adoptée par les Assises du 13 mai, doit servir de base pour la définition des plates-formes politiques pour les différentes élections. Les candidats qui s’engageraient à les défendre bénéficieraient tout naturellement du soutien des collectifs et des forces qui les composent. L’ampleur de l’éventail des forces ayant participé à l’élaboration de la charte antilibérale permettait d’envisager sérieusement la possibilité de “candidatures unitaires”. Par “candidatures unitaires”, nous entendons des candidatures soutenues par différentes forces, des candidatures qui ne représentent pas d’abord leur organisation (qu’elle soit politique ou autre), mais qui acceptent de porter un projet politique commun. Nous avons également insisté sur le fait que les batailles électorales ne devaient pas se substituer aux luttes politiques et sociales ; elles en font partie et ont d’autant plus d’impact qu’elles s’appuient justement sur la mobilisation populaire. D’où notre insistance à lier les discussions et les accords politiques avec les mobilisations concrètes. Autrement dit, nous nous sommes prononcés pour que le processus de construction et de lutte contre le libéralisme ait aussi, mais pas seulement ni uniquement, une expression sur le plan électoral, y compris dans le cadre le plus anti-démocratique, celui des présidentielles.
C’est à partir de l’ensemble de ces critères que notre parti se détermine vis-à-vis de cet appel, de son contenu et des objectifs qu’il se fixe.
Pourquoi nous ne signons pas l’appel du 11 mai
Tout d’abord et avant tout, parce que ce texte affirme d’entrée que “si nous n’accédons pas au second tour de la présidentielle, nous nous mobiliserons pour battre la droite et l’extrême droite”. Cet engagement signifie, en clair, un appel lancé dès à présent à voter pour le candidat - ou la candidate - du PS au second tour des présidentielles. La phrase qui suit : “mais nous ne participerons pas à un gouvernement qui serait dominé par le social-libéralisme” n’atténue en rien le message politique adressé aux masses et le gage politique donné au PS lui-même.
“Tout cela pour en arriver là !”
Le combat pour dégager une perspective de rupture avec le libéralisme, qui évite l’expérience déjà faite du social-libéralisme, ne peut être bradé pour créer une force électorale d’appoint au PS, aussi critique soit-elle. D’ailleurs, de quel poids peut-elle espérer peser sur lui, en annonçant dès à présent qu’elle appellera à voter pour lui ? Dans ce sens, la phrase additionnelle sur la participation gouvernementale apparaît plus comme un constat de faiblesse que comme une position offensive. La question n’est pas que cet appel à voter PS au deuxième tour viendrait trop tôt. La question, c’est que cet appel se trompe d’interlocuteur et qu’il est très en-deçà des exigences et des possibilités de la situation. Car, si le but est bien de rompre avec le libéralisme, la priorité aujourd’hui est de construire un pôle antilibéral, ancré dans les masses travailleuses, les masses populaires, les habitants des quartiers, les jeunes, etc. bref les forces vives de la société, celles qui ont bousculé la droite au gouvernement, celles qui, par leur mobilisation, ont obligé le gouvernement à reculer, même partiellement, celles qui n’ont cessé d’exprimer avec force la profondeur de leurs attentes - et donc de leurs exigences, qui n’en peuvent plus de vivre ainsi et qui ne veulent plus vivre ainsi. C’est à ces forces que nous devons nous adresser, ce sont elles que nous devons gagner, ce sont elles que nous devons mettre en mouvement.
Plusieurs signataires de l’appel du 11 mai se réfèrent à celui de novembre 2005, “Appel pour des candidatures unitaires en 2007 et en 2008”. A l’époque, nous ne l’avons pas signé, car il était lancé avant même que ne soit engagé le processus d’élaboration politique de la charte. Nous disions alors (1), c’est un débat prématuré. Ceci dit, aujourd’hui, ce texte est plus avancé politiquement que l’appel de mai ! (2) D’une part, il va plus loin dans la critique du libéralisme et dans la démarcation d’avec le social-libéralisme et, d’autre part, il n’appelle pas au vote PS. Enfin, il met davantage en avant la dynamique du mouvement social, en tant que force de transformation et de rupture. Est-ce un hasard si, aujourd’hui, ce texte continue à être signé, à telle enseigne que certains initiateurs du texte de mai s’en émeuvent et voudraient qu’il ne soit plus soumis à signature. Comme nous l’avons souligné plus haut, “l’appel de mai”, qui se réduit de plus en plus à la seule dimension des “candidatures unitaires”, provoque des dégâts au niveau des “collectifs du 29 mai”. En même temps, il bute sur des obstacles et des oppositions, tout en provoquant des cassures dans des organisations. Il faut s’interroger à qui profitent la confusion et la division ainsi provoquées dans le pôle antilibéral ? Ce n’est certainement pas un hasard si le PS, sous l’impulsion de S. Royale, se lance déjà dans la bataille des présidentielles, en se plaçant sur les terrains minés de l’insécurité et en lorgnant grossièrement vers l’électorat de droite. Au même moment, Bayrou lance l’idée d’une grande coalition avec le PS.
En guise de conclusion
Notre parti ne signe pas cet “appel de mai” et il fera en sorte de faire connaître largement ses raisons politiques. Cette divergence, pour importante qu’elle soit, ne nous empêchera pas de continuer à nous battre pour faire vivre la charte, pour travailler à l’unité des forces antilibérales, si possible au sein des “collectifs du 29 mai”, pour concrétiser la rupture avec le libéralisme et le social-libéralisme, condition pour ouvrir une véritable perspective de changement pour les travailleurs, les masses populaires et les peuples. C’est la ligne de conduite que nous avons suivie depuis le début de notre engagement dans la campagne pour la victoire du “non”, dans notre travail dans les collectifs. Ce n’était pas un engagement conjoncturel et il est toujours plus important de le mener. Car il y a vraiment urgence à mobiliser la classe ouvrière pour qu’elle s’empare de la charte, pour qu’elle imprègne de son idéologie, de ses valeurs, de son esprit d’organisation et de sa détermination, le mouvement contre le libéralisme qui s’est développé dans notre pays. Il y a urgence à gagner à ce combat la masse des jeunes qui rejettent la précarisation, la mise en concurrence, l’individualisme, et qui ont découvert, dans le grand mouvement contre le CPE, des communautés d’intérêts avec les travailleurs. Il y a urgence à mobiliser les femmes et les hommes des quartiers populaires, autour des besoins immenses en matière sociale, de logement, d’éducation, de santé, etc., exigences qui doivent être portées par la charte, pour que la politique redevienne leur affaire.
Note (1) Voir La Forge de décembre 2005. (2) L’appel de novembre 2005 est également consultable sur le site www.alternativeunitaire2007.org. qui a été lancé à cette occasion.
Article paru dans La Forge, organe central du Parti Communiste des Ouvriers de France N° 464, juin 2006 Il complète l’article de bilan sur les assises paru dans le même numéro.