
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Chroniques 21 nov. 10h34
Par Pierre Marcelle
Royal et Guillon
Ce fut peut-être le moment le plus identificateur du trop prévisible naufrage advenu le week-end dernier sur le foirail de Reims : quand Ségolène Royal, citant sans le nommer Jean Jaurès - cette conscience que les socialistes ont abandonnée au grand récupérateur de dépouilles Nicolas Sarkozy -, déclencha en retour une bronca pleine d’aigreurs, et tonitruante en proportion. « Nous rallumerons tous les soleils, toutes les étoiles du ciel. » Beau programme, en vérité, mais beau prétexte, surtout, à rallumer, en fait d’astres et de désastres, toutes les haines recuites de la campagne présidentielle. (Je miaule ça avec la mesure distanciée d’un citoyen déterminé, lors des prochaines échéances, à aller voter ailleurs, mais je ne doute pas que ce grégaire braillement de stade de foot rendra sympathique à plus d’un électeur socialiste l’oratrice qui en faisait l’objet.)
C’est quoi, l’origine de cette haine que suscite de façon si récurrente Ségolène Royal ? Son programme, en matière de modèle économique et d’alliances électorales ? Mais, sauf à avoir raté un épisode, il me semble que quelque 80 % du parti y adhère. Une baston de générations, alors, dents de lait contre défenses ivoirines ? Mais il y a des jeunes et des vieux dans toutes les motions et dans tous les courants. Une affaire de sexe, ou, pour mieux dire, de genre ? Plus trop, depuis que Martine Aubry est également candidate… Encore que… N’est-ce pas, Stéphane Guillon ?
En écoutant mardi sur France-Inter le chansonnier qui ponctue les matins de la radio publique, on put constater l’expression chimiquement pure d’une doxa acharnée à enfermer Royal dans sa caricature, de son fameux « Aimez-vous les uns les autres » (occultant l’appendice : « ou disparaissez ») de Charléty et ses tunique bleue-jean’s-cheveux frisés du Zénith. Durant les quelque quatre minutes que dura sa prestation, le comique déroula tous les clichés auxquels la candidate à la présidentielle et invitée du jour est désormais médiatiquement réductible : « Sœur Ségolène » est « une madone » dont « les fidèles », ou « ouailles », constituant la « congrégation de la bravitude », portent des « saris » et agitent des « clochettes » devant la maison de la radio en attendant l’arrivée de la « ségomobile ».
On avancera à bon droit que c’est le privilège de l’amuseur d’exploiter ce filon. De là à faire entonner en chœur à tout le studio, qui y alla de bon cœur, une fielleuse parodie de cantique où il était question d’« étoile de lumière pour tous les opprimés »…
Même si ça m’arrache un peu la gueule de le dire, tant qu’on verra plus de curés, de la Cimade ou du Secours catholique, que de socialistes dans les bois du Calaisis, « la folle », ainsi que Guillon a encore coutume de qualifier Royal, pourra se frotter les mains.
Besancenot et Chabot
Et de même que Ségolène Royal eut ce matin-là son Guillon, Olivier Besancenot avait eu, au soir du 13 novembre et sur l’également publique France 2, son Arlette Chabot. De même que Royal est sur beaucoup d’ondes « la madone », Besancenot sera ad vitam, pour ses onctueux intervieweurs, « le facteur ». Pas de sexisme, dans ce qualificatif ; juste une pointe dont on perçoit bien que, derrière sa souriante bonhomie, elle connote un ostracisant dédain. De ce sobriquet, très en vogue chez les commentateurs de la chose politique, Jean-Michel Aphatie (pour ne citer que lui) ne se lasse pas, que oncques pourtant l’on n’entendit qualifier Rachida Dati de « beurette » ou Jean-François Copé d’« avocat d’affaires »…
Chabot, comme Guillon, ne fait pas tant de manières. A son invité d’A vous de juger, elle demanda benoîtement s’il comptait présenter des excuses à la famille de feu Georges Besse (PD-G de Renault assassiné en 1986 par Action directe) pour avoir serré la main de Jean-Marc Rouillan. A cet instant précis, nul ne douta que la directrice de l’information de France 2 crut vraiment qu’à sa requête incongrue, son interlocuteur allait, si l’on ose dire sans s’exposer à la suspicion de mauvais esprit, s’exécuter.
Tout de même que Guillon se soucie comme d’une guigne des raisons politiques qui mirent Royal en tête des postulants à la direction du PS, Chabot n’a cure, lorsqu’elle parle de « terrorisme », d’une actualité qui fait pourtant à celui-ci une part un peu trop belle pour être honnête.
On est où, là ?
A Chabot éberluée, Besancenot énervé répondit sobrement : « On est où, là ? ». Et d’un seul coup, sur fond de cabinets noirs qui vous feraient embastiller un ex-premier ministre aussi aisément qu’un « noyau dur » de fermiers corréziens promu « cellule invisible » ( !) « à vocation ( ! ! !) terroriste », de mise en examen pour « outrage » d’un caritatif distribuant de la soupe à des migrants éperdus (Libération du 18 novembre), de carnets d’Yves Bertrand et de listings Clearstream, se confondirent les barbouzeries d’hier et d’aujourd’hui, avec, en passe-plats, la ministre Alliot-Marie.
On était où, là ? A mille lieues d’une crise (vous savez, « la crise »…) expulsée du studio, on était dans l’observation ahurie, non pas d’une censure, mais de l’absolue incompréhension d’un réel occulté par des trompe-l’œil. On appellera cela le facteur Chabot.