
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Le projet de loi que le futur candidat UMP aux élections présidentielles a proposé est loin de s’attaquer uniquement aux immigrés. Ceci est non seulement vrai parce qu’une bonne partie des personnes concernées par ces attaques sont désormais françaises et construisent leur avenir ici, mais aussi parce que ce projet accentue l’ensemble des attaques sociales élaborées par les libéraux ces dernières années en s’attaquant à une partie, parmi les plus fragiles, des travailleurs. En effet l’histoire de l’immigration en France prouve que les gouvernements ont toujours assigné aux travailleurs immigrés une certaine fonction sociale pour faire admettre politiquement et idéologiquement des conceptions libérales par le reste des travailleurs. C’est en les divisant que l’affiliation les travailleurs est assurée et que les régressions sociales sont « légitimées » par les gouvernements.
Les fonctions classiques de l’immigration dans les économies capitalistes sont triples : économique, politique et idéologique. Concernant l’économie, il n’est pas difficile de décrypter que les travailleurs immigrés représentent une main d’œuvre bon marché, juridiquement instable et donc corvéable, et contraint par conséquent d’accepter toutes les conditions de travail. On leur a toujours infligé une fonction d’ajustement économique afin qu’ils comblent les secteurs où les économies capitalistes requièrent le plus d’une main d’œuvre corvéable.
« L’immigration choisie », prônée par Sarkozy est en réalité « une reconnaissance officielle » de cette fonction économique assignée aux travailleurs immigrés. Mais dans une société qui ne se contente plus de la précarisation absolue d’une bonne partie des travailleurs immigrés et qui évertue au service du patronat de précariser l’ensemble des travailleurs quelle que soit la nationalité avec des CPE et des CNE, cette « immigration choisie » peut prôner « la fuite des cerveaux » des pays en voie de développement. Jusqu’aujourd’hui la main d’œuvre immigrée était une nécessité des économies libérale en terme quantitatif mais aussi en terme de disposition de cette force dans les bons secteurs économique. Aujourd’hui, les travailleurs immigrés sont littéralement jetés parce que c’est l’ensemble des travailleurs que l’on cherche à plonger dans la précarité. C’est ainsi que le CESEDA est la suite logique du CNE et du CPE. Le rejet de ce dernier par la majorité de la population a montré que l’application des mesures convoitées par les libéraux ne seront pas aussi facile à mettre en œuvre que le gouvernement l’aurait souhaité.
Mais le CPE et le CESEDA ont en commun de s’attaquer à deux catégories de la population les plus précarisées du monde du travail, c’est-à-dire qui disposent de capacités moindres de résistance face à l’instabilité et à la précarité imposée par les besoins du patronat. Il était sans aucun doute claire pour tout le monde que le CPE ne concernait pas que les jeunes de moins de 26 mais. Son objectif étant de généraliser ce type de contrats à l’ensemble du monde de travail, de diviser les générations et les opposer les unes aux autres, CPE était une machine de guerre contre le Code de travail et le CDI. Aujourd’hui le CESEDA va institutionnaliser la précarité d’une partie du monde de travail à cause de ses origines. Dans la même logique que le CPE, cette précarisation accrue des travailleurs immigrés sera sans aucun doute utilisée pour corroder les acquis de tous les travailleurs. L’insécurité sociale et juridique imposée aux immigrés par ce projet sera exploitée pour faire admettre à l’ensemble du monde du travail les conditions de travail les plus dures, les plus inhumaines et les plus inacceptables.
D’où la deuxième fonction assignée à l’immigration. Celle-ci est politique et consiste à utiliser les travailleurs immigrés pour affaiblir les résistances ouvrières, casser des grèves, faire en sorte d’opposer les travailleurs les uns aux autres. Nous pouvons prendre l’exemple de la « directive Bolkestein » qui s’inscrit totalement aussi dans ce registre. Les travailleurs d’une autre nationalité avec cette directive pouvaient venir travailler dans les conditions déplorables de leur pays. En réalité cette directive venait affirmer une pratique qui existe chez les travailleurs immigrés depuis plusieurs décennies. Pour se convaincre il suffit de travailler quelques semaines parmi les travailleurs immigrés dans le Bâtiment. Un maçon immigré travaillant pour l’équivalant de 15 ou 20 euros journalier dans son pays, accepte volontiers de travailler pour 30 ou 35 euros sans aucunes autres conditions. Travaillant de 8 à 10 heures par jour, souvent les week-end, ces précaires absolus ne représentent pas des exemples marginales. Bien au contraire, nous pouvons même affirmer que le travailleur « sans papier » symbolise parfaitement la figure idéale de la force de travail dans le contexte de la mondialisation libérale actuelle. Ne disposant d’aucun droit, soumis à la précarité absolue, coupé du reste du monde du travail, ne revendiquant aucun droit social etc., ce travailleur contraint de vivre à l’ombre est obligé de vendre sa force de travail à n’importe quelles conditions. Ne pouvant utiliser aucun droit, embauché à la tâche ou à la journée, travaillant au service de la productivité dans une flexibilité absolue, et délivrant le patron des charges sociales le « sans papier » est bel et bien le travailleur idéal pour les économies capitalistes.
Selon certaines données il existerait entre 200 et 400 milles sans papier en France. Imaginez si ces conditions sont généralisées à tous les travailleurs issus de l’immigration. Il est aisé à comprendre pour tous que plus ces conditions sont généralisées plus les droits et les libertés des travailleurs ont général seront tirés vers le bas. En effet, avec la directive Bolkestein, ce n’est pas les droits des travailleurs polonais travaillant en France qui allaient augmenter mais au contraire ce sont ceux des travailleurs français qui sera régressés sur les législations polonaises. Nous nous sommes opposés à la directive Bolkestein, parce que cette mesure libérale allait attiser le racisme, le nationalisme, diviser les travailleurs et permettre aux libéraux d’abroger des droits et des libertés acquis par les travailleurs. La directive Bolkestein allait inciter l’exportation d’une main d’œuvre précarisée, le CESEDA de Sarkozy, s’inscrivant dans la même logique, plongera dans une précarité absolue une main d’œuvre vivant sur le territoire français. Mais dans les deux cas, l’objectif est de servir au mieux les intérêts de l’économie capitalistes.
Il va sans dire que la généralisation de la précarité chez les travailleurs immigrés sera utilisée pour restreindre les libertés en France. Il est évident que les immigrés ne sont pas responsables de la situation qui leur est imposée. Contrairement à ce que Sarkozy affirme ce n’est pas la France qui subie l’immigration, mais ce sont les immigrés qui subissent les conditions de travail imposé par les économies libérales. Le plus grave c’est que cette précarité absolue imposée à une partie du monde de travail constitue une brèche importante dans sa généralisation pour le reste des travailleurs.
Derrière les propos du futur candidat aux élections présidentielles se cachent la troisième fonction assignée aux travailleurs immigrés. Cette dernière est idéologique et a pour objectif d’inverser les causes et les conséquences de problèmes sociaux afin de dissimuler la nécessité de la lutte contre le libéralisme. En affirmant que la France « ne souhaite plus subir une immigration » Sarkozy cache une réalité sociale, divise les travailleurs en fonction de leur origine nationale et empêche l’unité des travailleurs dans leur lutte contre le libéralisme. La France, à lui en croire, serait « la victime » de l’invasion d’une immigration, les travailleurs français seraient dépossédés de leurs emplois spoliés par ces travailleurs immigrés etc… Ces arguments proposés par un parti raciste depuis plusieurs années sont désormais diffusés par Sarkozy lui-même. Ce cadre idéologique, amplifié par les médias, conduit à l’adoption de certaines postures précises en direction de ces « travailleurs immigrés ». Ces derniers sont non seulement présentés comme responsable des « anomalies » provoquées par le fonctionnement normal des économies capitalistes (l’accroissement du chômage et de la misère est propre au système libéral) mais aussi se referment sur eux-même. C’est ainsi qu’une partie de la population française affirme soutenir certaines idées racistes. De ce constat les travailleurs immigrés sont perçus (et se percevant parfois eux-mêmes) comme de passage en France et donc sans avenir ici. C’est cette logique qui a conduit Sarkozy à durcir les conditions de regroupement familial. En effet pourquoi, selon ce dernier, permettre de regrouper la famille si le travailleur en question ne doit rester qu’en fonction de la production (en fonction du contrat que le patron lui offre et donc décide ou pas de renouveler). Mais inversement si le travailleur en question ne voit pas son avenir en France, il n’a pas besoin de s’impliquer à la lutte politique ici. En restant en marge de la lutte antilibérale, non seulement ses droits sont attaqués mais en plus la division du monde du travail est utilisée contre les résistances ouvrières. Un travailleur qui voit ses droits sociaux restreindre parce qu’une autre partie de la population « accepte » de travailler dans des conditions inhumaines, se laissera tenter par des idées racistes. Il y a donc un aspect social au développement des idées racistes en France. Nous avons déjà vu que le CESEDA aggrave la précarité vécue par les travailleurs immigrés. Ces derniers pour vivre, seront donc encore plus contraint qu’auparavant d’accepter les conditions inhumaines imposées par les patrons. Il va sans dire que la division des travailleurs face au patron et le développement des idées racistes n’affaiblissent pas seulement les luttes ouvrières mais aussi permettent aux gouvernements ultra libéraux d’infliger d’autres régressions sociales.
C’est ainsi que la lutte contre le CESEDA de Sarkozy doit à notre sens comporter deux aspects : l’une politique et l’autre idéologique. Politique parce qu’à travers ces fonctions classiques de l’immigration, une partie des travailleurs en France est contrainte de vivre avec une précarité absolue. Cette situation est également utilisée contre le reste du monde de travail pour généraliser la précarité, tirer vers le bas les droits et les libertés acquis il y a des décennies. Les travailleurs issus de l’immigration sont utilisés comme « une menace » sur les travailleurs français pour les faire accepter toutes sortes de régression.
Ensuite idéologique parce que ces régressions sont « légitimées » par la propagation constante des idées raciste et une stigmatisation permanente des travailleurs issus de l’immigration aussi bien de la part de quelques forces se revendiquant de « gauche » que de la droite. Cette stigmatisation, mélangée avec la situation des banlieues et une peur alimentée par les médias, trouvent un certain écho parmi les travailleurs français. C’est pourquoi, nous pensons qu’il faut aussi une lutte idéologique pour montrer la nécessité d’unir les résistances contre le libéralisme. C’est la seule voie pour construire un meilleur avenir. C’est ainsi que le CESEDA doit aussi être combattue dans la même logique que le CNE, le CPE et la directive Bolkestein par l’ensemble du monde du travail. Telle est la ligne que notre Fédération DIDF défendra dans sa lutte contre le CESEDA.
Le 16 mai 2006
DIDF Fédération des Associations des Travailleurs et des Jeunes