
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
ENTRE LA FARCE ET LA TRAGEDIE : LA CRISE
Faut-il qu’à force d’y résider le « château » ne rende sourd à l’état du pays – comme naguère l’autre « château », celui de Versailles – pour que le Président de la République se soit autorisé à une déclaration aussi politicienne vendredi dernier ! Si le sujet n’était pas aussi lourd de conséquence on pourrait en rire et regretter que le monarque républicain ne dispose plus à ses côtés d’un autre vestige de l’ancien régime, le « fou », pour l’éclairer sur le ridicule de ce tour de bonneteau cathodique : je promulgue une loi que je suspens immédiatement et dont je transforme le contenu en ordonnant au parlement les changements que je veux… Un mécanisme incompréhensible alors que l’article 10 de la constitution lui donnait le droit de faire revenir la loi devant le parlement. Tout cela au nom de la Démocratie ce qui, au passage, en dit long sur la vision qu’a le Chef de l’état (peut-on le désigner encore ainsi ? ) de celle-ci. Devant l’incroyable on pourrait se perde en conjecture : comment un homme à un an de la fin d’un mandat qui va clôturer sa vie politique peut-il prendre le risque d’une explosion généralisée pour simplement masquer aussi grossièrement un recul ? Par seule volonté de ne pas laisser la place à Nicolas Sarkozy ? Par souci orgueilleux de ne pas complètement céder ? Mais comment peut-il penser qu’il soit aujourd’hui un seul citoyen à ne pas voir la grosseur de la ficelle ? Car s’il n’est pas total, s’il est largement insuffisant et surtout incertain, il s’agit bien d’un recul si on veut bien remettre cette déclaration en perspective : imaginant que le peu de réaction populaire au CNE et aux privatisations valait assentiment, le fringuant Dominique de Villepin lançait le CPE en laissant filtrer fin janvier ce que serait le 3ème étage de sa fusée libérale : étendre ces deux années de précarité à tous les salariés et disloquer ainsi un peu plus le CDI. Le tout au pas de charge, comptant sur les vacances de février pour dissoudre toute résistance. On connaît la suite et une mobilisation qui rappelle au Premier Ministre et à tous les libéraux, que dans leur écrasante majorité les citoyens de ce pays refusent justement le paradigme libéral. Si l’on en croit les paroles de Chirac, le prochain CPE ne s’étendrait plus que sur un an avec motivation obligatoire du licenciement ce qui, toujours au conditionnel, entérinerait officiellement le procédé utilisé déjà largement par les chefs d’entreprise qui consiste à cumuler deux CDD de six mois pour « tester » leur salarié. Un usage d’autant plus contestable et dangereux qu’il deviendrait de fait la règle mais malgré tout en deça de la démolition du contrat de travail sur lequel lorgnait le CPE. Si l’on en croit ses paroles et ses possibilités de persuasion de « sa » majorité… Car désormais, un peu plus encore, comment porter foi aux paroles de cet homme ? Comment être certains (doit-on rappeler au président de la République que l’assemblée est souveraine) que si les salariés et les jeunes relâchaient la pression, les députés de la majorité accepteraient bien d’adoucir ainsi la loi qu’ils ont voté quelques semaines auparavant ? Rien et c’est pour cela que le rapport de force doit être maintenu et amplifié, dès le 4 avril, en évitant toute aggravation violente et minoritaire dans laquelle Jacques Chirac rêve de piéger le mouvement. Pour que le Président ainsi que Sarkozy et l’UMP (qui se voient de nouveau accéder aux premiers rôles de cette mauvaise pièce) soient obligés d’emprunter le plus rapidement possible la seule voie désormais légale : une nouvelle loi annulant purement et simplement le CPE et le CNE. Voici désormais la seule légitimité qui reste à Jacques Chirac. Car ne nous y trompons pas : à court ou moyen terme c’est bien la légitimité non seulement de son gouvernement mais également de sa personne qui est posée. Si on ne peut en deviner ni l’issue, ni la forme, la crise sociale et politique que vit notre pays vient d’être aggravée par la déclaration présidentielle. En recourant à des artifices qui caricaturent à ce point la politique c’est bien le rapport du citoyen à celle-ci que le chef de l’état distend un peu plus. Ne se souvient-il pas de celui qui fut son rival au 2ème tour de la Présidentiel et pourquoi il le fut ? Enfin, et plus encore, cette fin de règne pathétique prouve que notre 5ème République est à bout de souffle. Forgée dans une situation exceptionnelle et pour un homme vécu comme providentiel, cette République appauvrit en réalité la démocratie, dévalorise la souveraineté populaire laissant dans les mains d’une seule personne un pouvoir trop absolu. Quand un régime est sans cesse en équilibre entre l’impuissance, la farce et la tragédie, il est plus que temps d’en changer. Notre peuple, qui décidément ne s’en laisse pas compter, mérite mieux. Pour les prochaines échéances – en 2007 ou avant ? – la gauche ne pourra revendiquer sérieusement de transformer les choses sans bouleverser profondément les institutions. Pour que la république demeure il devient aujourd’hui indispensable d’en changer.
Eric Coquerel
Mouvement pour une Alternative Républicaine et Sociale (MARS)