
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
Nicolas Sarkozy réunit ce mardi matin les dirigeants des principales banques et compagnies d’assurances françaises, qui semblent de plus en plus menacées par la crise financière mondiale, à l’image de l’établissement franco-belge Dexia, que la Belgique a décidé de secourir.
Au cours d’une réunion de travail à 10h30 à l’Elysée, seront évoquées "la situation des institutions financières ainsi que la distribution des crédits aux ménages et aux entreprises", a indiqué lundi la présidence. Seront également présents le premier ministre, François Fillon, la ministre de l’économie, Christine Lagarde, et le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer.
Selon l’AFP citant l’entourage du chef de l’Etat, on convient à l’Elysée que, même si "le système bancaire français est plutôt mieux protégé que les autres", "la situation a changé". "Des banques sont en difficulté en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne, on commence à se sentir un peu encerclés", admet-on."Comme on s’est engagé à intervenir, autant savoir où on pourrait avoir à le faire", précisait-on à l’Elysée.
Cette réunion intervient après le rejet surprise par les parlementaires américains du plan de sauvetage financier de 700 milliards de dollars défendu par l’administration Bush. Ce rejet a provoqué lundi un effondrement de Wall Street et de fortes chutes dans les bourses asiatiques mardi matin. L’onde de choc était attendue dans la journée sur les bourses européennes.
Car le jeu de massacre a repris de plus belle, lundi, sur les banques européennes. Loin de rassurer, l’intervention durant le week-end des gouvernements belge, luxembourgeois et hollandais pour sauver Fortis, se traduisant par un apport de 11,2 milliards d’euros contre une prise de participation de 49% dans la banque belgo-néerlandaise, a au contraire déchaîné les inquiétudes.
Le marché interbancaire, essentiel pour assurer la liquidité du système bancaire, est quasiment paralysé. Le taux interbancaire à trois mois en dollar (Libor) est passé lundi de 3,76% à 3,88%. L’Euribor à trois mois a gagné dix points à 5,24%, selon la fédération européenne de banque. La banque centrale européenne, qui a déjà injecté 480 milliards d’euros de liquidités ces dernières semaines, a annoncé une opération spéciale de refinancement de 120 milliards d’euros, en cours jusqu’au 7 novembre.
Mais toutes ces interventions paraissent désormais avoir une efficacité proche de zéro. La BCE comme toutes les banques centrales ont beau déverser de l’argent sur le marché, rien ne se passe. Car l’argent ne manque pas. Selon les chiffres de la BCE, le montant des dépôts au jour au jour dans ses livres atteindrait 28,059 milliards d’euros, un record. Explication : les banques qui ont des liquidités refusent de les prêter. « Le marché interbancaire n’existe plus. Plus aucune banque ne veut prêter à une autre. La confiance s’est envolée. Chacun se demande quelle sera la prochaine faillite », explique un banquier.
Dexia, sauvetage en urgence
Dès lundi matin, de nouveaux noms sont apparus. La Grande-Bretagne a confirmé la nationalisation de la banque Bradford et Bringley et son démantèlement : une partie de ses actifs et de son réseau seront repris par l’Espagnol Santander. Le gouvernement allemand, avec l’aide d’un consortium bancaire, a volé au secours de la banque Hypo Real estate, en lui consentant un crédit de 35 milliards d’euros. La banque Wachovia, quatrième banque des Etats-Unis, en grande difficulté malgré une première recapitalisation au printemps, s’est réfugiée chez Citigroup.
La vague atteint désormais la France. Dès l’ouverture de la séance à la bourse de Paris, Dexia perdait près de 30%, le signal boursier de la perte de confiance. L’annonce, par Le Figaro, que le groupe franco-belge, préparait une augmentation de capital, suivie par une déclaration du gouvernement belge qu’il était prêt à faire son devoir et à secourir Dexia comme il venait de le faire pour Fortis, ont sonné l’alarme. Le marché boursier s’est interrogé sur les contrecoups sur Dexia de cette nationalisation.
La ministre des finances, Christine Lagarde, n’a pas calmé les appréhensions, en confirmant par la suite que l’Etat français aussi était déterminé à prendre ses responsabilités. Bien que la banque ait démenti avoir le moindre problème de liquidités, cette cascade de déclarations a alimenté le soupçon. Dans la nuit de lundi à mardi, un accord de sauvetage était conclu avec une forte intervention du gouvernement belge.
Cela fait des semaines que la spéculation rôdait autour de Dexia, que les rumeurs se multipliaient sur sa solidité. Par sa filiale américaine de rehaussement de crédit, FSA, la banque s’est retrouvée parmi les plus exposées dès l’explosion des subprimes. Entre dépréciations d’actifs, provisions et recapitalisation, FSA a déjà coûté près de 2 milliards d’euros à sa maison-mère.
En août, lors de la présentation de ses résultats semestriels, la direction de Dexia a soutenu que tout était désormais sous contrôle, que FSA avait été recentrée sur des métiers moins risqués comme la garantie des obligations des collectivités locales, que tous les risques étaient provisionnés. Cela n’a pas suffi à rassurer. Certains se demandent si la banque a bien tout vu, tout dit sur son bilan, si elle n’a pas succombé comme d’autres aux mirages de la titrisation, acceptant des produits hautement toxiques qui contaminent encore ses comptes. D’autres vont plus loin encore, s’interrogeant sur l’existence même « de cet animal étrange qui n’aurait jamais dû exister ».
La fusion de 1997 entre le Crédit local de France, spécialisé dans le financement des collectivités locales, et du Crédit communal de Belgique, plutôt axé sur la banque de détail, n’a jamais vraiment fonctionné. Les différences de métiers, les écarts de culture gênent le groupe jusqu’au sommet. Les discussions y sont incessantes, les compromis boiteux.
Cette situation, handicapante mais supportable en temps de prospérité, ne l’est plus en période de crise. Alors que le groupe a perdu plus de 58% de sa valeur boursière depuis le début de l’année, dans la banque mais aussi à l’extérieur, beaucoup regardent comment faire évoluer la situation. Ces derniers temps, plusieurs groupes bancaires auraient manifesté leur intérêt pour une association ou une reprise partielle de Dexia, dont l’Espagnol Santander, BNP Paribas et la Société générale. Selon nos informations, ce week-end encore, des discussions auraient eu lieu avec cette dernière, très intéressée par l’activité de financement des collectivités locales. Mais les pourparlers se seraient très vite heurtés aux difficultés de transformation du groupe, à la place accordée aux activités et aux actionnaires belges. La Société générale a renoncé. « Au moins momentanément », dit un banquier.
Le cas Natixis inquiète
Si le cas Dexia est regardé avec une relative distance par les banquiers, malgré son effondrement en Bourse, celui de Natixis, en revanche, suscite toutes les inquiétudes, jusque dans les milieux politiques. La banque d’investissement apparaît comme un des maillons les plus faibles du système bancaire français. Les difficultés de Natixis ne sont pas une nouveauté.
Après son augmentation de capital, achevée la semaine dernière, beaucoup pensaient que la banque aurait quelque répit. Son cours s’est effondré jusqu’à 1,8 euro pour terminer à 2,2 euros lundi, effaçant une grande partie des bénéfices boursiers que la banque pouvait attendre de sa recapitalisation. Même si Natixis a déjà des fonds propres plus solides, si elle peut s’appuyer sur ses deux grands actionnaires, les Banques populaires et les Caisses d’épargne, beaucoup doutent qu’elle puisse rester longtemps sans réaction, si la tourmente boursière se poursuit.
« Les caisses régionales commencent à prendre peur. Les difficultés de Natixis risquent de ne pas être sans contrecoup sur la Caisse nationale des caisses d’épargne, donc au final sur elles », dit un sénateur qui suit de très près la situation, le réseau étant très implanté dans l’économie régionale. Le dossier désormais semble suivi jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Des scénarios de crise s’ébauchent. « Aujourd’hui, c’est Dexia et Natixis. Mais demain, cela peut être n’importe quelle autre banque, que cela soit justifié ou non. Tout est devenu totalement irrationnel », s’inquiète un banquier, à la vue de cette crise qui gonfle sans qu’aucune issue ne se dessine pour l’instant.
URL source : http://www.mediapart.fr/journal/economie/300908/crise-financiere-l-europe-disjoncte Liens : [1] http://www.mediapart.fr/club/blog/martine-orange [2] http://www.mediapart.fr/journal/economie/300908/massacre-a-wall-street-apres-le-rejet-du-plan-paulson [3] http://www.mediapart.fr/journal/economie/290908/un-exemple-cauchemardesque-le-japon-et-la-decennie-perdue-des-annees-1990 [4] http://www.mediapart.fr/journal/economie/280908/la-banque-fortis-est-la-premiere