
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
CPE : DE QUELLE DEMOCRATIE PARLE-T-ON ?
L’un des arguments utilisés par le Premier Ministre et sa majorité serait qu’en remettant en cause une loi déjà votée nous ne respectons pas la démocratie. Particulièrement sensibles au respect des lois de la République et à ne pas délégitimer l’assemblée des représentants du peuple nous ne prenons pas cette accusation à la légère. C’est donc avec une réelle gravité que nous la réfutons.
Nous pourrions avancer en préalable que les mobilisations ont toute leur place dans une démocratie. Il y a certes la légitimité première et absolue du suffrage universel mais en cas de mesure par trop décalée avec l’opinion majoritaire du pays, la « rue » porte incontestablement la sienne. Le recul d’Edouard Balladur sur le CIP en 1994, pourtant lui aussi déjà voté, le rappelle. Et la droite et la hiérarchie catholique ne se sont pas privés de revendiquer cette même légitimité pour faire reculer le gouvernement Mauroy en 1984 à propos de la loi Savary sur l’enseignement privé.
On ajoutera, et tous les syndicats l’ont largement regretté, qu’aucune concertation avec les partenaires sociaux et les organisations de jeunes n’a eu lieu avant le CNE et encore moins le CPE.
Mais le plus grave est ailleurs. Il est un phénomène qui mine notre démocratie depuis 20 ans et qui explique en partie le séisme du 21 avril 2002 : aucune majorité politique n’a été élue sur un programme libéral et c’est pourtant celui-là que l’on inflige de force au peuple français sous prétexte « d’adaptation » nécessaire à la mondialisation. Et Jacques Chirac doit l’admettre plus que tout autre : c’est son discours fort peu libéral sur la « fracture sociale » qui lui a permis d’être élu en 1995 et son « plébiscite » très particulier de 2002 devrait l’inciter à ne pas être le Président du passage en force. Oui nulle majorité ne s’est présentée en promettant davantage de privatisations, d’ouverture de secteurs publics à la concurrence, de flexibilité, de démantèlement du Code du Travail et du Contrat à durée Indéterminée et c’est pourtant, avec plus ou moins de retenue et d’empressement selon la couleur politique du gouvernement certes, ce qui est appliqué depuis deux décennies. L’obligation de conformer aux traités européens a bien été avancée comme excuse mais depuis le 29 mai ce prétexte – prétexte car rien n’a jamais obligé nos représentants à signer des accords si peu assumés ensuite ! – a volé en éclat. Pour la première fois depuis longtemps a eu lieu un débat populaire et citoyen, politique en somme, sur notre avenir et ce qui a été refusé massivement c’est bien ce modèle ultralibéral dont l’application passe par le démantèlement de ce qu’il reste du pacte social et républicain mis en place à la Libération. Voilà la vraie légitimité que le gouvernement de Dominique de Villepin se doit de respecter quoi qu’en pense la patronne du MEDEF.
Non seulement le CPE est illégitime mais en outre inefficace en terme d’emplois créés comme sont en train de le montrer les premiers résultats du CNE. Le patronat ne cesse de réclamer davantage de flexibilité depuis des années et il… l’obtient ! Souvent mêmes accompagnée d’exonérations de charge. Pour quels résultats du point de vue de l’emploi ? Aucun. Pour quels profits ? Toujours plus. Car en réalité cette offensive est dans le droit fil d’un capitalisme financiarisé à l’extrême qui vise à diminuer toujours plus les "coûts" du travail pour accroître la part des profits non investis. Une tendance constatée maintenant depuis plusieurs années et qui contrevient en réalité à toute relance de l’emploi en comprimant le pouvoir d’achat de l’immense majorité des salariés et donc la demande.
Quand la richesse nationale d’un pays croit au même rythme que les inégalités sociales, l’explosion devient chaque jour plus légitime. Et aucun passage en force ne résoudra cette équation. Pour Jacques Chirac et son gouvernement il est donc plus que temps de sortir de leur autisme en retirant le CPE.