
La charte est publiée dans ce chapitre du site en plusieurs parties.
Introduction
Faire face à l’offensive libérale
Contrer l’offensive libérale
Construire une alternative
1 – Sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie
2 – Installer un socle de droits individuels et collectifs
3 – Réaliser l’égalité entre les hommes et les femmes
4 – Reconquérir les services publics et élargir l’appropriation sociale
5 – Refonder les politiques publiques et dégager les moyens d’une alternative
6 – Assurer un renouveau démocratique
7 – Initier un nouveau type de développement
8 – Construire une autre Europe dans un autre Monde
http://www.france.attac.org/spip.php ?article7984
“L’une des plus rudes leçons qu’enseigne le changement climatique, c’est que le modèle économique de la croissance et la consommation effrénée des nations riches sont écologiquement insoutenables” (Rapport du PNUD(1) 2007)
La Conférence des Nations unies sur le changement climatique s’est tenue à Bali (Indonésie) du 3 au 14 décembre 2007 et a réuni plus de 180 pays. Elle s’est fixée pour objectif de mettre en place, dès 2008, un accord devant prendre le relais du Protocole de Kyoto, qui s’achève en 2012 ; cet accord devrait être adopté à la Conférence de Copenhague en 2009. Au-delà de ce calendrier, le cahier des charges affirme qu’il y a urgence à mener une action internationale, en prenant pour base les travaux du GIEC(2) , dans le cadre d’un processus mondial visant à réduire les gaz à effet de serre avec promesse de « renforcer » les financements nécessaires.
Un premier constat s’impose, c’est celui de l’absence d’engagement, tant sur sa nature que sur son montant, en matière de financement. En se basant sur les dernières études en la matière, le PNUD évalue, dans son dernier rapport, à 1,6 % du produit mondial (soit environ 720 milliards de dollars en 2008) le coût annuel des mesures nécessaires pour simplement arrêter l’aggravation du dérèglement climatique. On peut craindre que tant que ne sera pas fermement défini, au plan international, le mode de financement d’un tel programme, on en restera, au mieux, aux déclarations de bonnes intentions.
On aura remarqué que, à Bali, et pour la première fois, la Conférence s’adresse aussi bien aux pays développés qu’à tous les autres. Parmi ceux-ci, les regards les plus insistants se tournent vers la Chine dont on nous dit, de manière fondée au demeurant, que ses émissions globales de CO2 sont désormais au niveau de celles des États-Unis. Il convient cependant de ne pas oublier que les émissions annuelles par habitant de la Chine sont en 2004 de 3,8 tonnes de CO2 alors que celles des États-Unis s’élèvent à 20,6 tonnes. Mais à aucun moment n’est abordée une question pourtant première : quel est donc le moteur de la « croissance » chinoise responsable de ces « performances » si ce ne sont, pour une part déterminante, ses exportations vers les pays du Nord, en premier lieu les États-Unis, précisément ? La croissance considérable des exportations chinoises (celles-ci représentaient 37 % du PIB de 2005 contre 19 % de celui de 1990, sachant que, sur la période, le PIB a crû, en moyenne, de plus de 8 % par an) n’aurait-elle rien à voir avec les profits des transnationales qui, pendant le même temps, ont accaparé 5 points de PIB mondial supplémentaires ? Mais cette question, pourtant fondamentale si des solutions véritables veulent être mises en place pour répondre au défi climatique, n’est pas abordée.
Si l’Union européenne, soutenue par la France, a fait pression à Bali pour que l’engagement de l’Union de réduire, d’ici à 2020, ses émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport à celles de 1990, devienne un engagement mondial, elle n’est pas parvenue à ses fins ; les États-Unis s’y sont opposés. Mais, si l’engagement européen est une avancée significative pour elle-même, l’Union, comme le soulignent Les Amis de la Terre, n’a pas pesé du poids qui est le sien pour contraindre Washington à s’engager, arguant que cela pouvait conduire à un échec de la Conférence en cas de menace plus précise.
Pourtant, les objectifs font l’objet d’un consensus scientifique rare : pour limiter à 2°C le réchauffement de la planète d’ici à 2050, il est indispensable de diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre. Le protocole de Kyoto fixait une diminution de 5,2 % pour la période 2008-2012 dans les pays les plus industrialisés (dits de l’Annexe 1 du protocole), avant que les États-Unis décident de ne pas le ratifier ! Sans eux, il est probable que la diminution atteindra à peine 3 % !
Il convient cependant de prendre acte des résultats obtenus, si maigres soient-ils : un calendrier de négociations et la reconnaissance de la nécessité absolue de réduire les émissions, malgré le poids des transnationales qui font pression pour rester en dehors de toute contrainte. Pour leur donner un contenu, la pression des peuples et des mouvements sociaux et écologistes sera déterminante.
En effet, et malgré les déclarations du ministre français, il n’a rien été adopté en matière de fiscalité. Comment en effet rassembler annuellement les 700 à 800 milliards de dollars nécessaires sans organiser, au plan mondial, une collecte fiscale appropriée ? Comment répondre à la demande légitime des pays les plus pauvres d’une augmentation du fonds d’aide à l’adaptation climatique, qui est actuellement de 200 millions de dollars seulement, alors que les pays du Nord ont une dette écologique énorme vis-à-vis de ceux du Sud (pendant qu’un habitant des USA rejette en moyenne 20,6 tonnes de CO2, un habitant du Bangladesh en rejette 0,1 tonne) ? Cette demande a été rejetée à Bali, faute d’accord. Comment alors inclure ces pays dans une négociation internationale, pourtant nécessaire ?
À cet égard, il faut affirmer très fermement que ce qui est présenté ici et là dans les cercles officiels - y compris en France lors du Grenelle de l’environnement - à savoir l’instauration d’une « taxe écologique » qui devrait, symétriquement être compensée par la diminution d’autres taxes, et notamment des prélèvements sur le travail, est inacceptable. La crise écologique ne saurait en effet se résoudre par une aggravation des inégalités sociales ; elle exige au contraire le maintien et le renforcement des solidarités collectives et des prélèvements qui les permettent.
Il n’y a pas d’autre voie, au regard des exigences planétaires, que de faire adopter dans le cadre de l’ONU ce qu’Attac désigne sous le vocable de taxes globales, qu’elle avait chiffrées, il y a un peu plus de deux ans, à 1 000 milliards de dollars. Pour que la planète puisse encore accueillir des êtres humains à la fin du siècle, il faut, de tout urgence, mettre en œuvre trois types de taxations additionnelles : sur les activités de change et de bourse, sur les profits des transnationales, et enfin sur les émissions de CO2, la consommation énergétique, la production de déchets nucléaires. S’agissant de la taxation sur les émissions et sur la consommation énergétique, il conviendra de mettre en place un système qui pèse de manière différenciée sur les diverses catégories sociales, les pays et les agents économiques.
De nombreuses ONG se sont retrouvées à Bali, montrant que les négociations climatiques doivent désormais figurer dans le calendrier du mouvement altermondialiste et des prochains forums sociaux mondiaux et régionaux.
Notes : (1) Programme des Nations unies pour le développement (2) Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat